samedi , 28 mai 2022

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La difficile situation des musulmans et des chrétiens en Inde

Voyage en Inde

L’Inde charrie avec elle des images de sérénité et de bienveillance. Yoga, végétarisme, karma, non-violence… Autant de concepts hindous – la religion largement majoritaire du pays – qui pourraient laisser croire que la vie sur place est libérée de tout rejet de l’Autre. Sur le terrain, la réalité est différente.

Depuis près d’un siècle les musulmans et les chrétiens sont désignés comme des « ennemis intérieurs » par des extrémistes hindous. Accusés de tous les maux, vus comme menaçants, ils sont de plus en plus exclus de la vie quotidienne et institutionnelle. En parallèle, les démonstrations de violence à leur égard se font plus nombreuses, perpétrées par des nationalistes hindous qui entendent démontrer qu’ils sont « les fils du sols », c’est à dire la seule population légitime à habiter le pays. L’avènement d’un homme a cristallisé cette situation délétère pour les minorités : Narendra Modi. D’abord chef du gouvernement du Gujarat, un des 28 Etats indien, il a ensuite pris les rênes du pays entier en 2014, puis a été réélu en 2019. Quelles sont les conséquences concrètes du nationalisme hindou sur les 170 millions de musulmans et les 28 millions de chrétiens du pays ?

Christophe Jaffrelot, directeur de recherche au CERI-Sciences Po/CNRS et spécialiste de l’Inde, a développé la réponse dans son ouvrage L’Inde de Modi,  national-populisme et démocratie ethnique, paru aux éditions Fayard. Entretien.

L’idée que les hindous seraient les « fils du sol », et donc les plus légitimes à habiter le territoire indien n’est pas nouvelle mais date des années 1920. Quel est le contexte de l’époque ?

Dans les années 1920, les musulmans lancent de grandes manifestations dans le pays pour protester contre le démantèlement de l’Empire ottoman suite à la Première Guerre mondiale ; ce démantèlement implique en effet l’abolition du califat auquel les musulmans indiens étaient très attachés. Au départ, les Britanniques – parties prenantes aux négociations de paix – sont la cible des manifestants, mais comme ils sont inaccessibles, retranchés dans leurs garnisons, des hindous sont visés et deviennent des victimes collatérales. Certains membres de l’intelligentsia hindoue prennent peur. Pour eux, la mobilisation des musulmans reflète l’allégeance panislamique qu’ils prêtent à des autorités étrangères et témoigne de leur force de frappe. Si les hindous représentent à l’époque près de 70 % des habitants, ils développent un paradoxal « complexe d’infériorité majoritaire» qui renvoie à un défaut d’estime de soi. Il faut dire que les colons britanniques ont alimenté ce sentiment en décrivant les hindous comme une « race chétive », des « végétariens malingres »…

C’est dans ce contexte qu’en 1923 l’idéologie nationaliste hindoue est couchée sur papier par V.D. Savarkar dans un livre, Hindutva. Who is a Hindu ? accusant les musulmans de faire peser une menace sur l’identité indienne. En 1925, un mouvement paramilitaire, le RSS, est créé pour appliquer ces idées et muscler les jeunes hindous moralement et physiquement. On y apprend le maniement des armes blanches et on y passe des heures à étudier une certaine histoire de l’Inde. C’est un des membres du RSS qui a assassiné Gandhi en 1948 – il lui reprochait d’être trop faible à l’égard des musulmans en général et des partisans du Pakistan en particulier. Le RSS est alors interdit par le gouvernement de Nehru, fils spirituel de Gandhi. Se rendant compte qu’il n’y a personne dans la sphère politique pour le défendre, le RSS crée un parti : le BJS, qui deviendra le BJP – le parti qui a porté Narendra Modi au pouvoir. En parallèle, le RSS développe son réseau, quadrillant l’ensemble du pays et formant un syndicat ouvrier, un syndicat étudiant etc.

Narendra Modi est un pur produit de cette organisation paramilitaire, qu’il a rejointe dès l’âge de sept ans. Comment cela se traduit-il quand il devient ministre en chef du Gujarat, un Etat indien, en 2001 ?

Modi est nommé à la tête du Gujarat en septembre 2001. Moins de six mois plus tard l’Etat est le théâtre d’un pogrom anti-musulman qui fait environ 2000 morts fin février-début mars 2002. La police laisse faire car elle a reçu des ordres : il s’agit de « venger » 59 hindous morts dans l’incendie d’un train le 27 février, supposément du fait de musulmans, même si des enquêtes contradictoires n’ont pas établi les faits de façon concluante. Expertises et contre-expertises se sont enchaînés pendant des années. Ce niveau de violence était quasiment inédit depuis la Partition de l’Inde en 1947. 

Vous dites que paradoxalement, cette brutalité a permis à Modi de remporter les élections législatives en décembre 2002 au Gujarat, alors que son parti, le BJP, était en perte de vitesse. Pourquoi ?

Le BJP perdait en effet les élections partielles et les élections locales depuis 2000. En décembre 2002, il triomphe grâce à des scores sans précédents partout où des violences ont eu lieu. Pourquoi ? Comment se fait-il que cette violence envers les musulmans soit si populaire ? C’est que la société gujaratie est travaillée par la peur de cet Autre, perçu comme une menace et en cheville avec les jihadistes et le Pakistan voisin. 

Ce sentiment largement partagé explique pourquoi le pogrom auquel a présidé Modi a été salué par la majorité hindoue – il aurait enfin donné une leçon aux musulmans.
Un tel ressentiment est entretenu par une désinformation systématique. Et la propagation de stéréotypes. En 2002, un slogan de Modi disait par exemple, en substance : « les musulmans sont tellement polygames qu’ils ont cinq fois plus d’enfants que les hindous» pour agiter un « risque » démographique. Pourtant, dans les faits, les musulmans sont toujours très minoritaires dans le pays, avec près de 14 % de la population. De plus, leur poids démographique n’augmente que lentement.

En 2014, Modi remporte les élections nationales et devient Premier ministre. Quelles sont les autres ressorts de sa conquête du pouvoir central ?

Dès 2003, Modi s’est rapproché des milieux d’affaires qui sont très puissants au Gujarat. Il crée peu à peu un réseau d’oligarques qui vont lui apporter leur soutien en échange de précieuses concessions. Par exemple, il fournit aux industriels les terres dont ils ont besoin pour leurs usines et leur offre des ristournes fiscales. Ces « cadeaux » lui permettront par la suite, grâce aux « retours d’ascenseurs », de collecter des fonds qui l’aideront à financer sa campagne de 2014, l’une des plus coûteuses de l’histoire des démocraties – près d’un milliard de dollars ! Ensuite, Modi est passé maître dans l’art de la communication politique. Il utilise les réseaux sociaux et les hologrammes avant l’heure, et distribue des masques à son effigie pour que le peuple manifeste en les portant. En 2014, il axe aussi sa campagne sur la supposée réussite économique du Gujarat, même si c’est largement une image d’Epinal.

Quelles sont les conséquences concrètes de son arrivée au pouvoir central sur les musulmans ?

Depuis 2014, le pouvoir laisse des groupes « vigilantistes » – des jeunes gens souvent désoeuvrés – faire eux-mêmes la police, avec la bénédiction des institutions officielles. Ces groupes luttent contre ce qu’ils appellent le « Love jihad » – un fantasme selon lequel les musulmans seraient à l’affût pour séduire des femmes hindoues, les convertir et donner naissance à des enfants musulmans.  Ils patrouillent sur les campus pour empêcher les musulmans de parler à des hindoues, perturbent des cérémonies de mariages, attaquent physiquement des musulmans souhaitant épouser (ou ayant épousé) une hindoue.

Ces groupes font aussi la traque des éleveurs musulmans qui produisent de la viande bovine – la vache étant sacrée dans la religion hindoue. Une série de lynchages en 2017 et 2018 les a pris pour cible. Nombre de fermiers musulmans ramenant les bêtes qu’ils avaient achetées dans des foires à bestiaux ont été interceptés sur l’autoroute puis passés à tabac par ces extrémistes hindous. Ces scènes étaient filmées et mises en ligne sur les réseaux sociaux pour bien montrer que les hindous étaient capables de défendre leur religion. En parallèle certains Etats ont passé des lois rendant illégale la consommation de viande bovine – et d’autres rendant très difficiles les mariages inter religieux.

On observe également un phénomène de ghettoïsation des musulmans, qui ont de plus en plus de mal à se loger dans des quartiers « mixtes » où les hindous sont en majorité. En 2019, deux votes du parlement ont enfoncé le clou. L’autonomie de l’Etat du Jammu et Cachemire est abolie et cette province devient même un Territoire de l’Union, ce qui signifie que la police y est désormais contrôlée par le pouvoir central à New Delhi.

Une deuxième loi – le Citizenship Amendment Act (CAA) – réserve aux seuls réfugiés non-musulmans de pays voisins (Afghanistan, Bangladesh et Pakistan) l’accès à la citoyenneté indienne. Le danger pour les musulmans indiens ? Ils sont nombreux à vivre sans papiers – c’est commun en Inde, y compris pour les descendants de « fils du sol ». Les musulmans dans cette situation craignent d’être catégorisés comme migrants et donc de devenir apatrides. Dans un Etat du nord de l’Inde, l’Assam, les autorités ont mené un recensement de la population et près de 1 900 000 Indiens n’ont pas réussi à prouver leur citoyenneté. Les musulmans constituent une fraction importante de cette population.

Cette loi a donné lieu à de nombreuses manifestations, qui ont ulcéré les nationalistes hindous.

Des activistes de Muslim Khawateen Markaz (MKM), une organisation de résistance féminine pro-Cachemire, mettent le feu ...

Des activistes de Muslim Khawateen Markaz (MKM), une organisation de résistance féminine pro-Cachemire, mettent le feu à des photos du Premier ministre indien Narendra Modi lors d’une manifestation contre les meurtres de civils commis le 19 avril 2016 à Srinagar.PHOTOGRAPHIE DE YAWAR NAZIR/GETTY IMAGES

En février 2020, New Delhi a été le théâtre d’une émeute qui a fait 55 morts, dont 3 hindous et 52 musulmans. Ces derniers étant victimes, dans bien des cas, des balles de la police. Ces émeutes étaient en partie une réponse à la mobilisation des musulmans contre le CAA.

Qu’en est-il des chrétiens ?

Les groupes « vigilantistes » mènent aussi des attaques contre les chrétiens et leurs lieux de cultes. Le prosélytisme de cette religion, qui comporte des missionnaires, les inquiète. Les nationalistes hindous ont, de longue date, tout un programme pour reconvertir des hindous devenus chrétiens (ou musulmans), toujours à cause de leur peur d’un déclin démographique. Le gouvernement s’efforce aussi d’empêcher les ONG chrétiennes de travailler en Inde, en compliquant la réception de fonds étrangers. Ainsi, l’organisation « Compassion », en charge de l’éducation de 150 000 enfants – et pas seulement des chrétiens – a dû arrêter son activité après plus de 40 ans, faute de financement.

On ne peut donc plus, dans ce contexte, qualifier l’Inde de « plus grande démocratie du monde » ?

Non. Certes, Modi ne vole pas les élections. Mais l’égalité des partis en compétition est rompue. Premièrement le BJP dispose de ressources financières supérieures à ses concurrents grâce à ses liens avec de richissimes oligarques comme Gautam Adani. En 2019 le parti a dépensé plus de 3,5 milliards de dollars pendant la campagne électorale qui a débouché sur la réélection de Modi à la tête du pays. Deuxièmement, la plupart des médias ont perdu l’indépendance qui leur permettait une couverture journalistique équilibrée : on ne voit plus guère que Modi à la télévision, surtout pendant les campagnes électorales !

Au-delà, les institutions législatives et judiciaires ne font plus office de contre-poids au pouvoir exécutif. Le Parlement est devenu une simple chambre d’enregistrement. Il n’y a plus de débat. Quant à la Cour suprême, le BJP a refusé d’y nommer des juges qui avaient osé se montrer critiques à l’égard de Modi. Résultat : la justice indienne ne s’oppose plus au gouvernement. Ou bien elle approuve ses décisions, ou bien elle s’abstient de se prononcer. La décision d’abolir l’autonomie de Jammu et Cachemire est contestée en justice, par exemple, mais voilà trois ans que la Cour suprême reste silencieuse… – et la même situation prévaut par rapport au Citizenship Amendment Act, la loi sur l’accès à la citoyenneté des réfugiés non-musulmans, et tant d’autres lois discutables.

Noël libre mais sous bonne garde pour la Pakistanaise Asia Bibi

AFP (23 décembre 2018 13h17) Acquittée mais pas encore vraiment libre: après huit années dans le couloir de la mort pour blasphème, la chrétienne pakistanaise Asia Bibi passera probablement un nouveau Noël sous bonne garde, en raison des risques qui pèsent sur sa vie. Deux mois après son acquittement par la Cour suprême du Pakistan et sa libération, des extrémistes musulmans continuent de contester le verdict et d’appeler à sa pendaison, la contraignant à vivre cachée sous la protection des autorités.

« C’est trop dangereux (…) Les gens veulent la tuer », souligne Yousaf Hadayat, habitant d’un bidonville chrétien de la capitale Islamabad, où des décorations et des arbres de Noël ont fait leur apparition cette semaine.

La sécurité sera stricte cette année encore pour les fêtes de fin d’année avec le déploiement attendu de militaires dans les quartiers chrétiens du pays.

Cette année, leurs habitants se disent encore plus mal à l’aise, l' »affaire Bibi » demeurant en suspens.

« Nous avons peur », indique le pasteur Munawar Inayat qui officie dans une église d’Islamabad. « Nous ne pouvons parler contre personne ».

Le verdict de la Cour suprême, rendu le 31 octobre, a provoqué la fureur des milieux islamistes radicaux, dont les militants sont descendus dans les rues et ont paralysé le pays trois jours durant, jusqu’à la conclusion d’un accord avec le gouvernement.

Les manifestants se sont livrés à de nombreuses violences et sont allés jusqu’à appeler à l’assassinat des magistrats de la Cour et à une mutinerie de l’armée.

Le gouvernement a depuis pris de sévères mesures de répression à l’encontre du parti Tehreek-e-Labaik Pakistan (TLP), principal organisateur des manifestations, inculpant ses chefs de file pour sédition et terrorisme.

Mais l’accord passé en novembre entre les islamistes et le gouvernement prévoyait aussi un ultime réexamen du verdict concernant Mme Bibi, dont la date n’a pas été annoncée.

La quinquagénaire et sa famille, qui ont requis l’asile à l’étranger, se cacheraient actuellement dans un endroit inconnu au Pakistan, sous forte protection policière, en attendant la fin de la procédure.

Interrogé, un porte-parole du gouvernement s’est refusé à tout commentaire, se bornant à indiquer que l’affaire suivait son cours en justice.

Pour l’analyste Fasi Zaka, plus le cas Bibi se prolonge, plus le danger de violences s’accroît: « Certains éléments, s’ils n’ont pas accès à Asia Bibi, vont trouver des remplaçants pour exercer leur vengeance », estime-t-il.

– Dispute aux champs –

Le blasphème est un sujet extrêmement sensible au Pakistan, pays très conservateur où l’islam est religion d’Etat. La loi prévoit jusqu’à la peine de mort pour les personnes reconnues coupables d’offense à l’islam.

Les défenseurs des droits de l’Homme voient en Mme Bibi un emblème des dérives de la loi réprimant le blasphème au Pakistan, souvent instrumentalisée, selon ses détracteurs, pour régler des conflits personnels, notamment à l’encontre de chrétiens, en minorité dans le pays.

« C’est comme un chiffon rouge et cela affecte toute la communauté », souligne l’analyste Zaka.

Pour cette mère de famille illettrée originaire de la province du Pendjab (centre) et âgée aujourd’hui d’une cinquantaine d’années, le cauchemar avait commencé en 2009 alors qu’elle travaillait aux champs.

Invoquant des raisons religieuses, deux femmes musulmanes avaient refusé de partager un verre d’eau avec elle et une querelle avait éclaté, qui avait donné lieu à des poursuites contre elle pour blasphème. Elle avait été condamnée à la pendaison en 2010 et ses différents appels avaient été jusqu’ici tous rejetés.

Depuis son acquittement, les rumeurs sur son départ à l’étranger, en Europe ou en Amérique du Nord, vont bon train.

A Islamabad, nombre de chrétiens estiment qu’elle ne sera en sécurité qu’une fois hors du pays.

« Non, non, elle ne peut pas rester », estime M. Hadayat.

– Liste noire –

Les chrétiens, qui représentent environ 2% des quelque 207 millions de Pakistanais, sont dans leur majorité cantonnés aux classes inférieures de la société, occupant les emplois dont personne ne veut.

Les Etats-Unis ont récemment inscrit le Pakistan sur une liste noire de pays violant la liberté religieuse de ses citoyens, mettant notamment en avant le nombre élevé de condamnations pour blasphème et la faible répression opposée aux auteurs de violences contre les minorités.

Islamabad a mal accueilli cette décision, la jugeant guidée par des motifs politiques.

France: Le délit de consultation de sites djihadistes censuré

PARIS (Reuters) – Le Conseil constitutionnel a de nouveau censuré vendredi une disposition de la loi sur la sécurité publique sanctionnant la consultation habituelle de sites djihadistes, soulignant qu‘elle constitue une atteinte non “proportionnée” à la liberté de communication.

Les “Sages” avaient censuré une première rédaction de l‘article contesté en février dernier, pour les mêmes motifs.

L‘article sanctionne de deux ans d‘emprisonnement et 30.000 euros d‘amende le fait consulter “de manière habituelle, sans motif légitime, un service de communication au public en ligne faisant l‘apologie ou provoquant à la commission d‘actes de terrorisme et comportant des images ou représentations d‘atteintes volontaires à la vie.”

Le Conseil constitutionnel, s‘appuyant sur la Déclaration des droits de l‘Homme et du citoyen, fait valoir dans sa décision que “la liberté de communication implique la liberté d‘accéder à de tels services”.

Cet article, poursuit-il, porte “une atteinte à l‘exercice de la liberté de communication qui n‘est pas nécessaire, adaptée et proportionnée.”

Fermeture de la mosquée Sounna à Marseille, le « test » de la grande prière

La préfecture de police des Bouches-du-Rhône a fermé pour six mois la mosquée Sounna, l’une des plus fréquentées de Marseille. Elle reproche à son imam de prêcher un islam extrémiste.

D’autres imams de la ville tiennent le même type de propos : plus jeunes, francophones, ils sont également plus influents sur les jeunes musulmans marseillais.

Quels sont les faits ?

La mosquée Sounna, l’une des plus fréquentées de Marseille, a été fermée pour six mois à compter du 14 décembre. Un arrêté du préfet de police des Bouches-du-Rhône affirme que son dirigeant et imam, Abd El Hadi Doudi, « s’inscrit dans la mouvance islamiste radicale » et est devenu « une référence du salafisme » à Marseille.

L’arrêté, affiché sur la porte de la mosquée, cite les propos qui lui sont reprochés  : l’imam aurait légitimé « le djihad armé et la mise à mort des auteurs d’adultère et des apostats ». Certains de ses discours « appellent à la défaite et à la destruction des mécréants », « incitent à l’application de la loi du Talion à l’encontre de ceux qui combattent Dieu et son prophète et à l’égard desquels la sentence de Dieu est la mort ou la crucifixion » ou « présentent les juifs comme des ’impurs’, ’les frères des singes et des porcs’ et incitent à prononcer la formule ’Allah akbar’ dans les lieux publics pour ’effrayer les mécréants’».

Enfin, plusieurs fidèles de la mosquée se seraient « réclamés ces dernières années d’Al-Qaida » ou auraient « rejoint l’Irak et la Syrie ».

Qui est l’imam  ?

Âgé de 61 ans, père de deux enfants, Abd El Hadi Doudi est un Algérien qui aurait été formé à Médine, en Arabie saoudite, avant de devenir un proche du Front islamique du Salut en Algérie. Arrivé en France en 1981, il défend un islam politique et ultra-conservateur, et interdit d’ailleurs les prêches en français dans sa mosquée, ou plutôt « ses » mosquées, puisque la salle du Boulevard National qu’il occupe est la quatrième dans laquelle il officie.

« Plus qu’un idéologue, c’est un opportuniste qui répond à la demande populaire, analyse un imam local. Les vieux Algériens viennent l’écouter parce qu’il est éloquent, psalmodie bien, en bon arabe classique. C’était le cas de mon voisin, qui m’assurait qu’il n’écoutait rien de ses diatribes anti-occidentales, antisémites, etc. Quant aux jeunes, ils sont attirés par son style mais ne comprennent rien à ce qu’il raconte ».

Abd El Hadi Doudi aurait ainsi réussi, à un mois d’intervalle, à interdire à ses ouailles de participer à des élections en France (jugées haram, interdites) et de les obliger en revanche à voter en Algérie, où – plus que le résultat – la participation est un enjeu pour le pouvoir…

Le préfet de police assure également dans son arrêté qu’il use « de pressions pour collecter d’importantes sommes, notamment en appelant ses fidèles aux dons en précisant qu’il accepterait de ’l’argent sale’ ».

Quel est le contexte ?

Abd El Hadi Doudi a toujours pris soin de se présenter – selon la formule des sociologues – comme un salafiste « quiétiste », autrement dit n’appelant pas au djihad armé. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, il était – aux côtés d’une dizaine d’autres « prédicateurs salafis francophones » – le premier signataire d’un communiqué commun dans lequel ils « condamnaient fermement ces actes abominables, et (désavouaient) totalement les individus qui les ont perpétrés, ainsi que leurs idéologies ».

Ces conférenciers salafistes prenaient soin aussi de rappeler que « les actes terroristes ne doivent aucunement être attribués à la noble religion de l’islam, ni au salafisme, qui n’est rien d’autre que la pratique de l’islam conformément aux textes religieux authentiques, sans exagération ni laxisme »… En réponse, tous avaient reçu un courrier de l’Élysée, signé de François Hollande, qu’Abd El Hadi Doudi avait présenté comme « un courrier de remerciement ».

La fermeture de sa mosquée est une conséquence directe de la loi du 30 octobre renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme qui élargit les motifs de fermeture des lieux de culte. L’article 2 prévoit en effet que « le préfet de police peut prononcer la fermeture des lieux de culte dans lesquels les propos qui sont tenus, les idées ou théories qui sont diffusées ou les activités qui se déroulent provoquent à la violence, à la haine ou à la discrimination, provoquent à la commission d’actes de terrorisme ou font l’apologie de tels actes ». Désormais, il devrait être possible de fermer des mosquées salafistes même sans lien direct avec le terrorisme.

Belgique: L’Institut de promotion des formations sur l’islam peut débuter ses travaux

(Metro Blegique 31/08/17)La composition du Comité de direction de l’Institut de promotion des formations sur l’islam a été adoptée dans un arrêté hier par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, annonce jeudi Jean-Claude Marcourt, ministre de l’Enseignement supérieur. L’institut, créé par un décret en décembre 2016, va pouvoir ainsi débuter ses travaux, le comité de direction étant le principal organe chargé de sa gestion, fixant les orientations stratégiques et budgétaires. L’Institut de promotion des formations sur l’islam visera à « développer, coordonner, compléter et promouvoir les recherches et les formations dans le domaine de l’islam, à destination des différents publics-cibles: imams, professeurs de religion islamique, conseillers moraux, travailleurs sociaux et culturels, ainsi que toute personne intéressée par l’islam », explique Jean-Claude Marcourt dans son communiqué.

Cet institut planchera notamment sur la « création d’un baccalauréat en sciences religieuses et sociales et d’un master en théologie musulmane ». Un budget de 470.000 euros lui est accordé.

L’arrêté du gouvernement de la Fédération fixe la composition du Comité de direction, qui comprend des membres désignés par l’Exécutif des musulmans de Belgique (EMB), des représentants des universités et hautes écoles, de l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (Ares) ainsi que des représentants du ministre de l’Enseignement supérieur et du ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Il sera co-présidé par Françoise Tulkens, ancienne vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’Homme et Andrea Rea, professeur en sociologie à l’Université libre de Bruxelles. Les deux personnalités avaient dirigé une commission chargée par Jean-Claude Marcourt de faire une série de propositions pour stimuler l’émergence d’un islam de Belgique. Soit « un islam ‘adapté au contexte démocratique belge et européen, respectueux de ses lois et de ses valeurs et notamment la séparation Église/État, l’égalité homme/femme, la liberté d’expression, le rejet de toute forme de radicalisme violent’ « , selon la définition de cette commission, rappelle M. Marcourt dans son communiqué.

Par ailleurs, le ministre de l’Enseignement supérieur annonce que les cours de français à destination des imams reconnus par l’EMB ont débuté. « A charge de l’Institut désormais d’amplifier leur organisation et de participer à la diffusion auprès du public concerné. »

Le recul de l’islam radical plus prioritaire que l’emploi pour les Français (sondage)

(Europe1 02/07/2017) D’après le baromètre de la transformation publié dimanche par le « JDD », le recul de l’islam radical est un sujet prioritaire pour 61% des Français alors que l’emploi ne l’est que pour 30% d’entre eux. Les récents attentats en Grande-Bretagne ont semble-t-il exacerbé le besoin de sécurité chez les Français. Le recul de l’islam radical est en effet un sujet prioritaire pour 61% d’entre eux. Un thème qui arrive très loin devant celui des retraites (43%), de l’école (36%), de l’emploi (36%) ou même du pouvoir d’achat (30%), d’après le baromètre de la transformation réalisé par l’Ifop pour No Com et le JDD, que l’on retrouve dimanche dans les colonnes de l’hebdomadaire.

70% des Français adhèrent à la transformation. Mais ce n’est pas tout ce que ce sondage révèle. Si les Français adhèrent à la transformation à 70%, ils estiment à 37%, fin juin, qu’il est nécessaire de préserver le pays tel qu’il est pour en protéger l’identité. Un chiffre en hausse puisqu’un mois plus tôt, ils étaient 31% à être de cet avis.

Besoin de courage et de justice dans les réformes. Par ailleurs, les sondés sont de moins en moins nombreux à penser que la transformation va avoir des effets positifs sur leurs conditions de vie : 59% après l’élection présidentielle, seulement la moitié désormais. Une donnée peu encourageante pour un gouvernement qui procède, entre autres, à la réforme du code du travail et à la moralisation de la vie publique. Les réformes, justement, doivent être menées avec courage, justice et égalité, selon un tiers des Français interrogés pour ce sondage.

Une satisfaction, beaucoup de points noirs. Si l’université est jugée satisfaisante pour 51% des sondés, la lutte contre la pauvreté, l’agriculture, l’immigration, la délinquance, l’aide à la création d’emplois, les hôpitaux ou encore le système de retraites sont, en revanche, pointés du doigt.

Les Français se montrent donc très exigeants vis-à-vis de l’Etat. Pour Pierre Giacometti, à l’origine de ce baromètre, « la transformation, on le voit, est déjà sous la pression de la preuve ».

Des musulmans créent une mosquée « libérale » à Berlin: hommes, femmes, homosexuels… peuvent y prier côte à côte

(RTL, 17/06/2017) Lassés de voir leur religion détournée par des extrémistes islamistes, des musulmans ont fondé à Berlin une mosquée « libérale », où hommes et femmes prient ensemble et prônent un islam moderne, débarrassé de ses tabous.

Des femmes participent activement au projet

« Allah akbar » résonne dans l’enceinte de la petite mosquée Ibn Rushd-Goethe, inaugurée vendredi. L’Américano-malaisienne Ani Zonneveld, l’une des rares femmes imames dans le monde, vient de lancer l’appel à la prière.

Puis, l’une des fondatrices de ce nouveau lieu de culte musulman, Seyran Ates, en longue robe blanche, ouvre la prière du vendredi. « Nous voulons lancer un signal contre la terreur islamiste et le détournement de notre religion », assène cette avocate et militante des droits des femmes très connue en Allemagne. Agenouillés sur des tapis verts déroulés sur une épaisse moquette blanc-crème, les fidèles s’inclinent en direction de La Mecque pour la prière traditionnelle.

Ici, hommes et femmes prient côte à côte, sous le regard d’invités chrétiens et juifs.  Certaines fidèles portent le voile, d’autres non. La prêche a lieu en allemand.

Sous le regard inquisiteur des fondamentalistes

La petite communauté, qui compte sept membres fondateurs, ne trouvait pas sa place dans les moquées conservatrices d’Allemagne. « Ces messieurs et ces dames (fondamentalistes) doivent cesser de vouloir me voler mon droit à être musulmane », explique ainsi Seyran Ates qui a notamment appelé l’islam à une révolution sexuelle, s’attirant les foudres des conservateurs.

Dans un bâtiment protestant

Signe de son ouverture, la nouvelle mosquée, l’une des quelque 80 que compte Berlin, est installée au troisième étage d’un bâtiment… de la communauté protestante, qui comprend aussi une église et une crèche.

Tous les courants de l’islam sont les bienvenus dans cette mosquée progressiste, qui porte intentionnellement le nom de Goethe et du médecin et philosophe arabe andalou du XIIe siècle, Ibn Rushd.

Les sept membres fondateurs de la communauté veulent ouvrir les portes de leur salle de prière aux sunnites, aux chiites, aux alévis mais aussi aux homosexuels. « Cette mosquée est une possibilité pour les musulmans de se définir de manière nouvelle », résume ainsi l’islamologue allemand, Abdel-Hakim Ourghi.  « Nous allons essayer de dépolitiser l’islam » déchiré par des courants et des mouvements politiques rivaux, ajoute-t-il. « Car la religion est une affaire privée ».

Sous haute sécurité

Devant l’entrée du bâtiment, la présence policière est tangible. Les fondateurs assurent néanmoins n’avoir jusqu’ici reçu aucune menace. Mais ils savent que leur communauté ne fera pas que des heureux.

L’Allemagne, qui compte plus de 4 millions de musulmans, a été la cible d’attaques jihadistes, notamment le 19 décembre dernier où un attentat au camion-bélier a fait 12 morts sur un marché de Noël de Berlin.

L’arrivée de plus d’un million de réfugiés, pour beaucoup musulmans, depuis 2015 a également exacerbé les peurs de certains Allemands, notamment lorsqu’il s’est avéré que certains jihadistes avaient profité de ce vaste mouvement de migrations pour rejoindre l’Europe.

Avocate berlinoise d’origine turque, Seyran Ates, 54 ans, connaît depuis des années les menaces des plus obscurantistes, notamment lorsqu’elle a défendu des victimes de crimes dits d' »honneur » en Allemagne, et qui l’ont contrainte à vivre sous protection policière et interrompre ses activités d’avocate.

Des peurs, il a fallu en surmonter pour fonder ce lieu. « Beaucoup sont partis en cours de route », reconnaît Seyran Ates. « Ils nous ont dit que c’était dangereux, qu’ils avaient peur ». « J’ai bien conscience que le changement est difficile », admet une autre fondatrice, la politologue suisse et yéménite Elham Manea. « Mais le temps du changement est venu, ce n’est pas demain, c’est maintenant », poursuit-elle rappelant que d’autres mosquées dites libérales ont déjà vu le jour ailleurs, aux Etats-Unis, à Londres ou en Suisse.

Ramadan en Tunisie : un rassemblement pour la liberté de ne pas jeûner

En plein ramadan, une manifestation lancée sur les réseaux sociaux est prévue dimanche 11 juin à Tunis pour défendre les non-jeûneurs et réclamer le respect des libertés individuelles.

Dans la jeune démocratie tunisienne, aucune loi n’interdit de manger pendant la journée durant ce mois sacré de jeûne pour les musulmans. Pourtant, la police demande parfois à des cafés de fermer leurs portes et quatre personnes ont été condamnées à de la prison la semaine dernière après avoir mangé en public.

« Dieu seul est responsable de juger mes actes »

« J’ai été vraiment dégoûtée [par ces arrestations] par ça. Il est vrai que je jeûne d’habitude mais on ne s’interfère pas dans la liberté des gens », lance Meriem, une lycéenne de 17 ans, venue se détendre dans un café du centre-ville après une épreuve du bac. Aujourd’hui, pour avoir des forces pour cet examen, la jeune femme n’a pas jeûné.

 

Même s’il est musulman, c’est son choix ! Même s’il est juif, on s’en fout, c’est vraiment son choix ! Pourquoi cela vous dérange que les gens ne jeûnent pas? Je ne comprends pas.

Meriem, lycéenne tunisienne à franceinfo

Malgré la chaleur, la terrasse ombragée de ce café est fermée et les clients sont invités à s’asseoir uniquement à l’intérieur, à l’abri des regards. Même pendant les horaires de travail, difficile de trouver une place assise. Fedi, un étudiant en école d’ingénieur, est lui aussi attablé avec des amis. Le jeune homme déplore ne pas pouvoir exercer pleinement sa liberté de conscience : « Au travail, à l’école, tu ne peux pas manger, fumer ou boire en public. Cela me dérange énormément car c’est ma liberté de jeûner. Dieu seul est responsable de juger mes actes. »

Des textes de loi utilisés contre les libertés individuelles

Au-delà de ce rassemblement prévu dimanche, un collectif d’ONG appelle les autorités tunisienne à « garantir la liberté de conscience » et à abroger au plus vite des mesures contraires à la constitution de 2014. Selon Lilia Rebaï, directrice Tunisie de l’association Euromed droits, plusieurs textes de loi permettent à la police de porter atteinte aux libertés individuelles. 

« On essaie de trouver, dans l’arsenal juridique actuel, l’article 125 du code pénal et l’article 226 du code pénal pour outrage public à la pudeur et pour outrage à employés publics dans l’exercice de leurs fonctions, explique-t-elle. Donc on utilise ce genre d’articles pour embêter les personnes qui ne jeûnent pas pendant le mois de ramadan. »

Trump: le Qatar doit arrêter « immédiatement » de financer le « terrorisme »

Washington – Le président américain a exhorté vendredi le Qatar à arrêter de financer « immédiatement le terrorisme », l’appelant, « ainsi que d’autres pays dans la région, à faire plus et à le faire plus vite ».

« La nation du Qatar, malheureusement, a historiquement financé le terrorisme à un très haut niveau », a accusé Donald Trump lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche.

L’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, l’Egypte et le Yémen ont rompu lundi leurs relations diplomatiques avec le Qatar, qu’ils accusent de « soutenir le terrorisme ». Un séisme diplomatique survenu 15 jours à peine après une visite à Ryad de Donald Trump, qui avait alors demandé aux pays musulmans d’agir de manière décisive contre l’extrémisme religieux.

Après cette visite et un discours donné devant une cinquantaine de pays musulmans le 21 mai, Donald Trump a expliqué vendredi qu’il avait « décidé, avec le secrétaire d’Etat Rex Tillerson, nos grands généraux et personnels militaires, que l’heure est venue d’appeler le Qatar à mettre un terme à son financement », a-t-il expliqué vendredi.

« Il doit mettre un terme à ce financement et à son idéologie extrémiste en matière de financement », a ajouté le président américain.

« Je veux demander à toutes les nations d’arrêter immédiatement de soutenir le terrorisme. Arrêter d’enseigner aux gens de tuer d’autres gens », a encore déclaré Donald Trump. (AFP, 09/06/17))

Histoire de la Tunisie depuis l’indépendance

Parution de l’ouvrage « Histoire de la Tunisie depuis l’indépendance » aux Editions La Decouverte, par Larbi CHOUIKHA, professeur à l’IPSI et Eric GOBE, directeur de recherche au CNRS en affectation à l’IRMC.

Au début de 2011, en chassant du pouvoir un dictateur vieillissant, la Tunisie a été propulsée sur la scène médiatique internationale. Initiateur des « printemps arabes », ce petit pays donnait pourtant l’image d’un régime stable, certes dirigé par un despote, mais ouvert sur l’Occident. Cependant, la question de la succession du président Ben Ali amenait certains auteurs à s’interroger sur la durabilité d’un pouvoir largement fondé sur la coercition.

Ce livre apporte des clés pour comprendre la manière dont le régime autoritaire tunisien s’est construit, puis pérennisé, et a été remis en cause. Si le système politique instauré par le président Bourguiba (1956-1987) était sous-tendu par un projet de société modernisateur, celui du président Ben Ali (1987-2011) visait à transformer le pouvoir en un instrument d’accumulation de richesses économiques au profit d’un clan familial. La rupture introduite par la « révolution » de 2011 a ouvert la voie à un nouveau cycle politique.

 

 

Jihadisme: Salman Rushdie dénonce « l’aveuglement stupide » de l’Occident

(AFP, 8/06/2017) « Il faut arrêter l’aveuglement stupide » face au jihadisme qui consiste à dire que « cela n’a rien à voir avec l’islam », souhaite l’écrivain britannique Salman Rushdie dans un entretien publié jeudi par l’Obs.

« Je suis en désaccord fondamental avec ces gens de gauche qui font tout pour dissocier le fondamentalisme de l’islam », souligne l’auteur des « Versets sataniques » qui vit sous la menace d’une fatwa depuis 1988.

« Depuis 50 ans, l’islam s’est radicalisé », soutient le romancier qui vit désormais à New York. « Il y a bien sûr une tradition d’un islam éclairé. Mais il n’est pas au pouvoir aujourd’hui », ajoute-t-il.

« Côté chiite, il y a eu l’imam Khomeini et sa révolution islamique. Dans le monde sunnite, il y a eu l’Arabie saoudite, qui a utilisé ses immenses ressources pour financer la diffusion de ce fanatisme qu’est le wahhabisme. Mais cette évolution historique a eu lieu au sein de l’islam et non à l’extérieur », insiste l’écrivain.

« Quand les gens de Daech se font sauter, ils le font en disant +Allahou Akbar+, alors comment peut-on dès lors dire que cela n’a rien à voir avec l’islam? », interroge-t-il.

L’écrivain explique qu’il dit « comprendre » la crainte de « stigmatisation de l’islam » mais, ajoute-t-il aussitôt « pour éviter cette stigmatisation, il est bien plus efficace de reconnaître la nature du problème et de le traiter ».

L’auteur de « Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits » trouve ainsi « consternant » d’entendre « Marine Le Pen analyser l’islamisme avec plus de justesse que la gauche ».

« C’est très inquiétant de voir que l’extrême droite est capable de prendre la mesure de la menace plus clairement que la gauche ».

« Le présupposé constant de la gauche, c’est que le monde occidental est mauvais. Et donc tout est passé au crible de cette analyse », déplore-t-il.

Trésors de l’islam en Afrique De Tombouctou à Zanzibar (exposition)

(IMA Paris,14 avril 2017 – 30 juillet 2017) De Dakar à Zanzibar, de Tombouctou à Harar, l’Institut du monde arabe met à l’honneur des sociétés fortes de treize siècles d’échanges culturels et spirituels avec le Maghreb et le Moyen- Orient. Archéologie, architecture, patrimoine immatériel, art contemporain… : une première qui réunit sur 1 100 m2 près de 300 œuvres multidisciplinaires pour témoigner de la richesse artistique et culturelle de la pratique de l’islam en Afrique subsaharienne.

Le premier temps du parcours entraîne le visiteur à travers les âges. Car l’islam se diffuse en Afrique subsaharienne dès le VIIIe siècle. Le Sahara devient un espace important d’échanges et de circulation. Grâce à des réseaux commerciaux et de communication, se dessinent trois espaces distincts à l’histoire et aux formes artistiques communes : la Corne de l’Afrique et la vallée du Nil, l’aire swahilie, et l’Afrique de l’Ouest.

Comment cette foi s’est-elle exprimée et s’exprime-t-elle encore? Le deuxième temps de l’exposition nous immerge dans l’architecture religieuse, les pratiques cultuelles et la magie. Des vidéos immersives de cérémonies nous plongent au cœur de la spiritualité soufie en Afrique.

La transmission de la culture arabo-musulmane se manifeste aussi dans l’art et l’artisanat. Trésors de l’islam en Afrique s’achève ainsi par une confrontation avec des œuvres fortes, tout en soulignant la circulation des formes et des savoir-faire à travers le continent et leur contribution au rayonnement des cultures musulmanes en Afrique. Boubous brodés, bijoux en argent, amulettes et cuirs touaregs témoignent de la foisonnante créativité des artisans musulmans.

L’écriture, fil rouge de l’exposition, permet la diffusion des textes sacrés. Elle fait aussi l’objet d’un usage magique et atteste des singularités régionales propres à la calligraphie en Afrique.

Tout au long de l’exposition, l’art contemporain est mis à l’honneur pour interroger l’histoire de ces échanges. Des artistes majeurs parmi lesquels Rachid Koraïchi, Hassan Musa, Abdoulaye Konaté, Youssef Limoud et Aïda Muluneh témoignent de l’effervescence actuelle de la scène artistique africaine.

 

Rock the Kasbah

Le groupe punk britannique The Clash enregistre Rock the Casbah en 1982, suite à l’interdiction prononcée par l’Ayatollah Khomeini d’écouter du rock en Iran. Aux antipodes de l’instrumentalisation dont ce titre a fait l’objet lors de la guerre du Golf, Rock the Casbah est en réalité un hymne joyeux à la fraternité et à la liberté, dénonçant les dérives de l’autoritarisme. Clin d’oeil à cette chanson devenue culte, reprise en 2004 par le chanteur franco-algérien Rachid Taha, la saison Rock the Kasbah présentée par l’Institut des Cultures d’Islam de mars à juillet 2017 est une déferlante d’expressions artistiques et musicales à découvrir en visitant l’exposition éponyme et en participant aux nombreux événements programmés : concerts, films, débats, ateliers jeune public…

L’exposition Rock the Kasbah rassemble des oeuvres contemporaines énergiques et engagées de l’Afrique sub-saharienne à l’Asie du sud-est, en passant par le Maghreb, l’Europe, le Moyen-Orient et les Etats-Unis. Alors que la musique est prohibée par certains discours radicaux, Rock the Kasbah explore son potentiel de contestation, sa dimension spirituelle et sa capacité à mouvoir les corps. L’exposition met en perspective les pratiques de diffusion sonore dans l’espace public, omniprésentes dans le monde musulman, et la façon dont elles influencent les comportements individuels et collectifs. Elle est aussi un hommage à Barbès et au rôle actif joué par ce quartier parisien pour la diffusion du raï dans les années 1990.

Une programmation survoltée et variée accompagne l’exposition : psalmodies, riffs de oud électrique, week-end hip-hop, karaoké franco-arabe, battle de clips, soirée berbère, hammam mix, concerts électro rock, poésie syrienne sur envolées jazzy, documentaires sur la scène musicale alternative de la minorité Ouïghour en Chine et sur le Festival Panafricain d’Alger vu par William Klein… Et à l’occasion du ramadan, un public familial est convié aux traditionnels Iftars de l’ICI pour des contes et légendes du Maghreb, une conférence dansée par des femmes soufies de Mayotte, un documentaire sur les concours de chant de muezzins de Turquie, une démonstration de derviches tourneurs et une soirée consacrée à l’astre de l’Orient Oum Kalsoum. Des quatre coins du monde au bitume parisien, c’est Rock the Kasbah à l’Institut des Cultures d’Islam !

Les artistes de l’exposition : Adel Abidin, Philippe Chancel, Hiwa K, Katia Kameli, Jompet Kuswidananto, Christian Marclay, Angelica Mesiti, Magdi Mostafa, Sarah Ouhaddou, Siaka Soppo Traoré, James Webb

Les coptes égyptiens exécutés après avoir refusé de « renier leur foi »

Bani Mazar (Egypte), 27 mai 2017 (AFP) –Les hommes masqués ont ordonné aux chrétiens se rendant dans un monastère de descendre de l’autocar et d’abjurer leur foi, ont raconté les rescapés de l’attaque perpétrée vendredi en Egypte.

« Ils leur ont demandé de renier leur foi chrétienne, un à un, mais tous ont refusé », lâche dans un souffle père Rashed.

Alors les hommes armés les ont froidement abattus, en leur tirant dans la tête.

Au total, 29 personnes, dont de nombreux enfants, ont été tuées dans cette attaque que le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a revendiquée.

Plus de 24 heures plus tard, l’émotion est palpable samedi dans la cathédrale de Mar Morcos (Saint Marc) de la petite ville de Bani Mazar, dans la province centrale de Minya.

Durant la messe, certains fidèles ne peuvent retenir leurs larmes. N’ayant pas la force de se tenir debout, un jeune homme est soutenu par ses proches.

Toutes de noir vêtues, les cheveux couverts par un léger voile noué derrière la nuque, les femmes arrivent pour une cérémonie de condoléances organisée par l’église. Leurs pleurs et leurs cris déchirent le silence qui règne dans la cour.

Après avoir rencontré des blessés la veille, Père Rashed raconte comment le voyage vers un monastère situé à plus de 200 km au sud du Caire a brutalement viré au drame.

Dans le convoi de plusieurs véhicules, dont un bus, avaient pris place des ouvriers engagés pour des travaux mais aussi des fidèles désireux d’y passer la journée, comme cela se fait beaucoup chez les coptes, qui représentent environ 10% des quelque 92 millions d’Egyptiens.

« Avant d’être tués, la plupart des hommes ont été sortis de leur voiture, d’autres sont restés à bord de leur véhicule », indique père Rashed. « Ils semblerait qu’on les ait agenouillés. La plupart ont reçu une balle à l’arrière du crâne, dans la bouche ou à la gorge ».

« Ils ont fait descendre les hommes du bus, ont pris leur carte d’identité et l’or qu’ils avaient sur eux, leur alliance ou leurs bagues », raconte aussi Maher Tawfik, venu du Caire soutenir sa famille. Sa nièce a survécu à l’attaque mais ni le mari ni la petite fille d’un an et demi de cette dernière.

Puis « ils leur ont demandé de prononcer la profession de foi musulmane », ajoute M. Tawfik. Avant d’exécuter ceux qui refusaient.

Il précise que les assaillants « ont pris les bijoux en or et l’argent des femmes » alors que « les enfants se cachaient sous les sièges ».

Depuis plusieurs mois déjà , l’Egypte est endeuillée par les attentats perpétrés par les jihadiste de l’EI contre la communauté orthodoxe. Début avril, des attentats suicide contre deux églises coptes avaient déjà fait 45 morts au nord du Caire.

Et alors que le groupe extrémiste s’est engagé à multiplier les attentats contre les coptes, les chrétiens de Minya s’inquiètent: dans cette province conservatrice, où cette minorité est particulièrement bien implantée, les tensions sont vives entre musulmans et coptes.

En 2013, après l’éviction par l’armée du président islamiste Mohamed Morsi, plusieurs églises de la province avaient été incendiées par des manifestants accusant les chrétiens de soutenir les militaires.

« Ce n’est pas nouveau pour nous d’être visés par le terrorisme. On paye le prix de notre soutien à l’armée et à l’Etat », lâche Mina al-Masri, rentré spécialement dans sa ville natale pour les funérailles des parents d’un ami, tués dans l’attaque. « Je m’attend à un bain de sang pour les chrétiens », ajoute-t-il.

« Ce n’est pas une surprise, juste de la douleur », déplore Mina Saïd, un jeune père de 35 ans venu assister à la messe avec sa femme et ses deux enfants.

Hanan Fouad a perdu ses voisins, une famille de six personnes de trois générations. Vêtue d’une longue jellaba noire, les cheveux couverts par un voile transparent noir, elle laisse éclater sa colère dans la cour de la cathédrale.

« Ça va se reproduire. Pas un mois ne passe sans qu’ils ne tuent des chrétiens », tonne cette quadragénaire, ses mains crispées sur son portable et un paquet de mouchoir. « Pourquoi les chrétiens? Parce qu’ils disent qu’on est une minorité, des infidèles ».

 

Pour le mariage de la Tunisienne musulmane avec un non-musulman

Pour soutenir le Collectif pour l’abrogation de cette circulaire, la Fédération tunisienne pour une citoyenneté des deux rives (FTCR) a produit un document expliquant les discriminations dont sont victimes les Tunisiennes musulmanes, privées de leur droit d’épouser des non-musulmans, contrairement aux Tunisiens musulmans, qui, eux, sont libres d’épouser des non-musulmanes.

Me Nawel Gafsia, membre du collectif, explique que cette circulaire est discriminatoire et anticonstitutionnelle et contraire au Code de statut personnel (CSP). L’article 6 de la constitution garantit, en effet, l’égalité des citoyennes et des citoyens en droits et en devoirs, la liberté de croyance, de conscience et d’exercice des cultes.

L’avocate explique, notamment, que les Tunisiennes vivant en France ont même parfois du mal à faire reconnaître la validité de leur mariage en France? Aussi faut-il absolument faire abroger cette circulaire.

Rappelons qu’en août 2016, l’Association tunisienne de soutien des minorités (ATSM) avait lancé un appel pour le retrait de la circulaire du 5 novembre  1973 et, depuis, plus de 60 organisations et associations se sont unis appelant les démocrates du monde entier à les soutenir pour faire valoir les droits de la femme tunisienne. (kapitalis. Tunisie)

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