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Statut privilégié pour les musulmans

En Malaisie, depuis l’indépendance, en 1957, si on naît malais, on naît musulman. C’est le cas de près de 60 % des 26 millions d’habitants de l’ancienne colonie britannique, les autres étant essentiellement, outre quelques ethnies indigènes, d’origine chinoise ou indienne.

Et le statut de malais musulman confère des droits et des obligations différents de ceux des autres : en vertu d’un large programme de discrimination positive lancé après les émeutes raciales de 1969 afin d’aider les Malais à rattraper le niveau économique des Chinois, les Malais bénéficient de nombreux traitements préférentiels (aide au logement, prêts, quotas pour l’emploi, contrats publics, places dans les universités, etc.).


 

Les musulmans sont aussi les seuls dont la religion est spécifiée sur la carte d’identité nationale. Pour tout ce qui touche au droit de la famille, ils sont placés sous la juridiction des tribunaux islamiques, juridiction parallèle dans chaque Etat de la fédération, alors que les autres Malaisiens – chrétiens, hindous, bouddhistes, chinois, indiens ou autres – relèvent des tribunaux civils. Par exemple, le droit de la charia interdit à un musulman d’épouser une personne d’une autre confession à moins qu’elle ne se convertisse, alors qu’un chrétien peut épouser une hindoue sans procédure particulière.

La Constitution est quelque peu ambiguë : d’une part, elle garantit la liberté de religion, mais d’autre part, elle qualifie l’islam de religion officielle et consacre, depuis 1988, la primauté des tribunaux islamiques sur les juridictions civiles pour les musulmans dans les affaires familiales.

« Dans ce pays, a expliqué, mercredi 30 mai, un responsable de l’association des avocats musulmans, Pawanchek Merican, l’islam n’est pas seulement une religion, c’est aussi une règle de droit. » Mais une règle de droit qui ne s’applique qu’à une partie de la population : pour l’association Sisters in Islam, qui défend une conception moderne et libérale de la femme musulmane, le jugement dans l’affaire Lina Joy « laisse penser que la liberté religieuse, qui inclut le droit de quitter une religion, ne s’applique pas aux musulmans, bien qu’inscrite dans la Constitution ».

Pour certains non-musulmans, la tendance à l’islamisation de la société, très nette dans les années 2000, est une façon de réaffirmer l’identité et la prééminence politique des Malais alors que le programme de discrimination positive et les privilèges qu’il entraîne sont de plus en plus remis en cause. « Tout est politisé, la race, la religion, dénonce le révérend Shastri, secrétaire général du conseil des Eglises. Ils n’ont pourtant rien à craindre ! Ils sont majoritaires. »

Le Monde 02/06/07

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