vendredi , 21 juillet 2017
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Olympisme et droits humains: un jeu de dupes à la chinoise

Chine_1.jpgCinq mois avant les Jeux Olympiques, les défenseurs des droits de l’homme redoublent d’effort pour dénoncer les violations commises en Chine. Une mobilisation débattue à Genève à l’occasion du Festival international du film sur les droits humains. Devant un public nombreux, les intervenants ont fait tomber quelques mythes.

A chaque édition, le phénomène s’accentue. Un public nombreux, trans-générationnel et d’origine sociale multiple accourt à la Maison des arts du Grütli pour suivre chaque soir l’un des débats du Festival du film et forum international sur les droits humains(FIFDH).

Ce lieu où s’exprime une parole libérée contraste avec les discussions du Conseil des droits de l’homme – en session actuellement à Genève – où certains termes font l’objet d’âpres batailles diplomatiques sur fond de rapports de force géopolitiques.

Au menu de lundi soir, la Chine et ses jeux olympiques. «Les promesses d’amélioration des droits humains n’ont pas débouché sur des résultats»,affirme Daniel Bolomey, responsable de la branche helvétique d’Amnesty International et co-organisateur de la soirée.

Daniel Bolomey fait référence aux propos tenus par Wang Wei, secrétaire général du comité de candidature de Pékin, et Jacques Rogge, président du Comité international olympique, avant que Pékin obtienne les Jeux olympiques de cet été.

150 jours avant l’ouverture de la grand-messe sportive, Jacques Rogge a d’ailleurs préféré décliner l’invitation du FIFDH à participer au débat. Une absence matérialisée par une chaise vide.

Un marché de dupe

De fait, si l’on en croit Amnesty International, les événements récents n’incitent guère à l’optimisme. Responsable de l’information et de la communication d’Amnesty International, Marcia Poole assure que «La situation des droits de l’homme s’est même détériorée durant la préparation de ces jeux» suite à la répression accrue qui s’est abattue sur les défenseurs chinois des droits de l’homme.

«Il s’agit d’un marché de dupes. Les autorités chinoises n’ont pris aucun engagement précis en matière de respect des droits de l’homme», souligne le journaliste français Pierre Haski, correspondant à Pékin de 2000 à 2006.

Directeur du site d’information Rue89, Pierre Haski ajoute: «Avec ces promesses vagues, Pékin et le CIO ont vendu un conte de fée au monde, alors que pour la population chinoise, ces jeux sont présentés comme la démonstration de la puissance économique de la Chine.»

Un discours qui suscite la fierté de nombreux Chinois, selon ce journaliste auteur de plusieurs livres sur l’empire du Milieu. Marcia Poole partage cet avis. «Les défenseurs chinois des droits humains sont à la fois inquiets face à la répression et très fiers que la Chine organise les jeux», ajoute-t-elle.

Ambigüité occidentale

De fait, les motifs de malentendu ne manquent pas, d’autant que certaines prises de position côté occidental font preuve d’ambiguïté. Comme le rappelle Pierre Haski, le réalisateur américain Steven Spielberg a renoncé à son poste de conseiller artistique pour les cérémonies d’ouverture des Jeux de Pékin, non pas à cause des violations des droits de l’homme en Chine, mais en raison du Darfour et du soutien de la Chine au gouvernement soudanais.

De même, «les facilités accordées aux journalistes étrangers ont été saluées comme une avancée en matière de liberté d’expression, alors que les journalistes chinois ne profitent pas de ces mesures et que nombre d’entre eux croupissent en prison. C’est abominable», s’indigne Pierre Haski.

En écho à ses propos, la journaliste chinoise Xinran Xue raconte que lors d’un tournage mouvementé en Chine, un chef de la police lui a déclaré en guise d’explication : «Les Chinois ne sauraient pas quoi faire de la liberté.»

Permanences et ruptures

Basée à Londres depuis une dizaine d’année, Xinran Xue souligne le poids de l’autoritarisme dans l’histoire millénaire de la Chine et la peur toujours présente dans les esprits.

«Je vous parle librement ici à Genève. Mais je ne sais pas ce qui peut m’arriver dans mes cauchemars», lâche l’animatrice d’une émission radio très populaire en Chine durant les années 90.

Xinran Xue souligne d’un autre exemple la temporalité particulière de la Chine: jusqu’en 2003, il n’était pas possible de voyager à l’intérieur de la Chine sans permission des autorités. Une loi qui datait de l’an 300 avant Jésus-Christ.

A cette aune, les libertés individuels accordées aux Chinois ces dernières années sont spectaculaires, que ce soit pour voyager y compris hors de Chine, pour vivre librement sa sexualité, choisir l’école de ses enfants ou son propre métier.

«Mais ces libertés qui touchent essentiellement la classe moyenne urbaine ne concernent pas la sphère politique», remarque Pierre Haski. Avant d’asséner: «Quant aux Jeux olympiques, ils ne sont pour rien dans cette évolution.»

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