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Les musulmans espagnols réclament des cours d’islam

figaro_1.jpgS’appuyant sur une loi de 1992 qui garantit une certaine égalité de traitement entre les différentes religions, des parents d’élèves demandent pour leurs enfants un enseignement en rapport avec leur confession.

Au collège Emilio Pardo Bazan en plein cœur du quartier populaire madrilène de Lavapies, l’enseignement catholique n’est suivi que par une petite poignée d’élèves. Dans cet établissement public espagnol, plus de la moitié des enfants (de 3 ans à 12 ans) sont issus de l’immigration. La plupart ne sont pas de confession chrétienne, mais musulmane. Quelques-uns sont bouddhistes, d’autres hindouistes. À l’heure où le cours de religion chrétienne commence, ils sont nombreux à rester chahuter dehors. D’autres se dirigent vers le cours d’instruction civique à défaut de pouvoir suivre un cours d’islam ou de bouddhisme. Pourtant dans cette école publique, une dizaine de parents, la grande majorité originaire du Maroc, ont présenté une demande officielle pour obtenir un professeur d’islam. «Face au silence des autorités espagnoles, nous allons désormais déposer une plainte devant le tribunal, car c’est une violation de nos droits et une claire discrimination que de priver nos enfants de cours d’islam alors que l’on compte plus de vingt élèves pour former une classe» , s’insurge Fatima, mère de deux enfants, qui réclame depuis trois ans un professeur d’islam.

Selon la Constitution espagnole et la loi sur les libertés religieuses, tous les élèves doivent pouvoir suivre les cours sur l’histoire et la culture de la religion de leur choix dans l’enseignement public. L’État s’engage à rémunérer les professeurs nommés antérieurement par les hiérarchies religieuses inscrites au registre du ministère de la Justice. Or, même si le «national catholicisme» a disparu avec la mort de Franco en 1975, l’Église catholique reste, avec quelque 30 000 professeurs de catholicisme, la mieux lotie des 12 religions officielles.

La plus forte communauté

Dans son bureau, qui surplombe le patio de la grande mosquée de Madrid, érigée le long du périphérique de la M30, Mohammed Kharchich se bat pour que l’islam soit enseigné au même titre que la religion catholique dans les institutions publiques. «Le nombre de professeurs d’islam doit être proportionnel au nombre d’élèves désireux de suivre les cours», explique-t-il. Secrétaire de la commission espagnole des entités religieuses islamiques, Mohammed Kharchich se réfère à l’un des articles de la loi qui n’a jamais été mis en application. Il y aurait en effet 41 professeurs d’Islam pour plus de 120 000 élèves.

L’Espagne, qui a connu ces dix dernières années une hausse spectaculaire de son immigration, est aujourd’hui le quatrième pays de l’Union européenne avec la plus forte communauté musulmane. En dix ans, le nombre de fidèles est passé de 500 000 à 1,5 million dont près de 50 000 sont des conversos (des chrétiens convertis à l’islam). «La demande de professeurs d’islam dans le public est en constante hausse. Tous les parents, la plupart issus d’une immigration pauvre, ne peuvent se permettre le luxe d’inscrire leurs enfants dans une école privée islamique ou d’emmener leurs enfants à l’école coranique le week-end» , assure Mohammed Kharchich. D’autant plus que les deux collèges islamiques (saoudien et libyen) se situent tous deux à Madrid. «L’État doit ouvrir plus de places pour les professeurs d’islam et nous aider à former une école d’enseignants» , commente Mohammed Kharchich.

Reversement de l’impôt

Votée en 1980 et validée en 1992 par les religions dites minoritaires (islam, judaïsme, bouddhisme, protestantisme…), la loi sur les libertés religieuses offre en principe de nombreux droits aux différentes institutions religieuses. Selon le texte, l’État s’engage à protéger juridiquement les lieux de culte, à offrir un statut aux dirigeants religieux et à proposer une assistance religieuse aux fidèles incarcérés, engagés dans l’armée ou hospitalisés. Le gouvernement de José Luis Zapatero entend mettre en application tous ces droits restés lettre morte.

Toutefois, l’exécutif socialiste a gardé le silence sur l’une des grandes revendications de la communauté islamique : la possibilité pour les contribuables musulmans de reverser 0,70 % de leurs impôts sur le revenu au Conseil islamique espagnol, tout comme le font de nombreux catholiques avec l’Église. «Quand, sur la feuille d’impôts, il y aura écrit à côté de la case “Église catholique” “culte musulman”, on pourra dire que les religions en Espagne sont toutes traitées avec la même égalité» , assure Mohammed Kharchich.

Le figaro, 13/05/2008

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