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Le Tunisien, le livre et l’Islam

TunisL’Islam n’est plus seulement au cœur du débat intellectuel et politique dans le monde, il est aussi au centre de l’actualité éditoriale en Tunisie.Voyage dans ces nouvelles parutions à la veille de la vingt-cinquième session de la Foire internationale du Livre de Tunis, qui ouvrira ses portes le 27 avril au Palais des expositions du Kram.
La vedette incontestable de ce début d’année est incontestablement le nouvel ouvrage de Hichem Djaït, « Historicité de la prédication muhammadienne à la Mecque », édité en langue arabe au Liban par Dar Ettalia en janvier 2007. Nous avons réservé notre numéro X du Y pour parler longuement de cette œuvre monumentale. Ajoutons que cet ouvrage est le deuxième d’une trilogie sur la Sira (biographie) du Prophète. Le premier volume est paru aux mêmes éditions en 1999. Nous conseillons à tous ceux qui ne l’ont pas encore acheté de profiter des remises de la Foire. De l’avis des spécialistes, ce livre est l’un des plus importants qui aient été écrit sur cette période fondatrice de l’Islam.

L’actualité éditoriale de Hichem Djaït ne s’arrête pas à ce livre. Les fans de l’historien philosophe pourront aussi (re) lire « La grande discorde. Religion et politique dans l’Islam des Origines », enfin disponible et à un prix abordable grâce à sa réédition par « Cérès éditions » en février 2007.

Faut-il répéter que «La grande discorde » n’a pas son équivalent dans la bibliothèque mondiale. Pour tous ceux qui veulent comprendre les dessous de la guerre civile qui opposa les Musulmans un quart de siècle après le décès du Prophète, « la grande discorde » est un livre indispensable.

L’Ecole tunisienne

Il y a véritablement une école tunisienne moderne dans les études islamiques. Elle a été façonnée par de grands noms comme les Hichem Djaït, Mohamed Talbi, Abdelwahab Bouhdiba, Mohamed Charfi, Abdelmajid Charfi, Yadh Ben Achour…A ces pionniers viennent s’ajouter les Hamadi Redissi, Slim Laghmani, Fathi Ben Slama, Abdelwahab Meddeb, Youssef Seddik…

Certains contesteront le fait de rassembler tous ces auteurs, avec leurs divergences parfois profondes, sous le libellé « Ecole Tunisienne ». Mais au-delà des différences d’analyse, de thématique et de style, ces essayistes et beaucoup d’autres jeunes intellectuels et universitaires participent d’une vision critique de la culture islamique. Il y a chez eux le souci de renouveler les problématiques et les questionnements.

Nous ne parlerons ici que de l’actualité éditoriale des derniers mois. Mais nous conseillons vivement à tous nos lecteurs les écrits de ces auteurs.

De la méditation et de l’engagement

De l’histoire nous passons aux méditations philosophiques de Abdelwahab Bouhdiba dans son récent ouvrage « L’Homme en Islam», publié par Sud- Editions en février 2006.

Le lecteur trouvera une réflexion personnelle sur les prémices d’une pensée humaniste dans les différents genres de la culture savante classique : jurisprudence, théologie, littérature, soufisme, philosophie…Un véritable régal pour la pensée. Le lecteur ne devra pas, non plus, rater “L’Islam, le pensable et le possible”, de Slim Laghmani (éditions Le Fennec à Casablanca, fin 2005). Il y a une pensée originale, forte et peu habituelle. L’auteur sonde les conditions de possibilité d’une voie entre la Culture musulmane et la Modernité. Non pas de ces syncrétismes creux qui ont envahi l’édition arabe ces dernières décennies, mais une démarche critique, résolument moderne, qui pense l’entre-deux à l’instar des grandes théologies rationalistes que sont les Mutazila et leur fameux « un statut entre deux statuts ». Pour l’auteur, c’est le seul moyen d’éviter « la guerre civile » idéologique en terre d’Islam, tout en réalisant les objectifs de la modernité.

Sans transition, comme on dit dans les journaux télévisés, un autre livre s’est distingué en 2006 : «Dissémination du Sable : le discours salafiste dans les chaînes satellitaires arabes » de Khémaies Khayati, édité par « Dar Sahar». Notre confrère s’attaque à un sujet de la plus haute importance : la « contamination » des esprits des téléspectateurs par un discours d’un autre âge. C’est une véritable enquête sur l’image télévisée et le discours qui la sous-tend à laquelle s’est livré Khémaies Khayati. Le résultat est terrifiant. Ce que beaucoup d’intellectuels pressentaient, Khayati l’a démontré. Certaines chaînes satellitaires livrent un combat idéologique qui aspire à faire de l’intégrisme religieux la seule référence morale et intellectuelle. Le « mal » avance à grand pas. Le livre de Khayati est un cri de révolte afin que les esprits se ressaisissent. C’est un « coup de gueule » salvateur. A lire et à faire lire absolument.

Critique de l’idéologie islamiste

Mohamed Chérif Ferjani est connu dans certaines sphères par son militantisme politique et associatif. Il est aussi chercheur et spécialiste en sciences politiques. Il enseigne à l’Université Lyon 2 et est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages. Son dernier livre «Le politique et le religieux dans le champ islamique», édité par Fayard en 2005, explore un champ historique très vaste : de l’Islam des origines aux débats intellectuels d’aujourd’hui. L’auteur met en garde contre toute approche essentialiste qui fige l’Islam et sa culture. L’identité et la culture ne sont pas des choses données une fois pour toutes. Elles évoluent dans l’espace et dans le temps. Ferjani tente de décrypter le discours islamiste, qui participe de cette identité figée, pour en montrer les enjeux de pouvoir matériel et symbolique.

Un autre éclairage sur le discours religieux d’aujourd’hui nous est proposé par le psychanalyste tunisien Hechmi Dhaoui dans son livre d’entretiens avec Gérard Haddad : «Musulmans contre l’Islam ? Rouvrir les portes de l’Ijtihad», dans la collection “L’histoire à vif” des éditions du CERF. Paris 2006.

Hechmi Dhaoui essaye d’analyser les raisons qui ont fait que « la brillante civilisation arabo-musulmane est (…) entrée dans un déclin à ce jour sans remède ». La réponse, pour le psychanalyste tunisien, réside dans «la fermeture des portes de l’Ijtihad», c’est-à-dire dans cet abandon de l’innovation spirituelle et intellectuelle qui questionne les fondements et les rénove. Pour Hechmi Dhaoui, les deux grandes idéologies dominantes du Monde arabe, l’islamisme et l’arabisme, ne font que perpétuer cette « fermeture ». L’avenir c’est de voir au-delà de ce que permet de voir le nombrilisme culturaliste. Hechmi Dhaoui alterne, agréablement, entre l’histoire, la théologie, la pensée et les réflexions psychanalytiques. Pour tous ceux qui sont intimidés par cette discipline difficile, nous leur conseillons la lecture de ce livre car son éclairage est intéressant à plus d’un titre.

De la réforme

L’universitaire Mohamed Haddad a, lui aussi, une activité éditoriale très riche ces dernières années. Son dernier livre «Islam : pulsions de violence et stratégies de réforme», paru aux «Editions Ettalia à Beyrouth en 2006», traite d’une question fondamentale : la réforme religieuse. L’auteur analyse toutes les tentatives intellectuelles pour initier cette réforme depuis près d’un siècle et demi. Il décrypte, sans concession, les faux discours de réformes et les vrais dangers d’une violence au nom de la religion. Un nouveau livre de Mohamed Haddad paraîtra ces jours prochains. Il a un titre très évocateur : «La religiosité de la conscience individuelle ». A découvrir à la Foire du Livre.

Notre consoeur Amel Moussa a choisi un thème toujours d’actualité en Tunisie «Bourguiba et la question religieuse», publié par Cérès Editions en 2006 ». Suite à une analyse très serrée des discours du fondateur de la République Tunisienne, Amel Moussa montre l’importance de la dimension religieuse dans la stratégie bourguibienne tout en relevant l’horizon réformiste et laïque de son action politique. Il y a une dialectique particulière entre religion et modernité qu’Amel Moussa dévoile pour son lecteur. A n’en point douter « Bourguiba et la question religieuse » sera l’un des livres phare de la Foire du Kram.

Mysticisme, société et condition humain

Dans tous ces livres sur l’Islam et sa culture, une biographie se dégage : «Sidi Mahrez, Soltane El Médina », rédigé par l’un de ses descendants directs, le Dr. Hédi Maherzi, et publié par Déméter Editions en 2006. La popularité de Sidi Mahrez n’est plus à faire en Tunisie depuis mille ans ; mais qui connaît véritablement l’homme et son œuvre ? On sait vaguement qu’il a été l’un des artisans de la «défatimidation» de la Tunisie. Le livre très fouillé et très documenté du Dr. Hédi Maherzi vient combler une soif de savoir pour tous les Tunisiens. Beaucoup d’autres essais ces derniers mois, et dont l’Islam n’est pas l’objet central, ont pourtant réfléchi sur des dimensions convergentes. Nous avons retenu pour vous trois d’entre eux : « Une force qui demeure » de Hélé Bèji. Editions Arléa en 2006. « L’homme, ce Cro-Magnon de la conscience », de Foued Zaouche, édité à compte d’auteur en 2006 et «L’égalité entre hommes et femmes en droit successoral » de Ali Mezghani et Kalthoum Meziou-Douraï, publié par Sud Editions en novembre 2006.

Ces trois livres appartiennent à des univers mentaux différents. Les deux premiers sont une réflexion sur l’état de la société (Hélé Bèji) et la condition humaine (Foued Zaouche). Le troisième traite d’un problème juridique dont les retombées sociales et religieuses sont énormes.

Deux fondations sont également très actives dans l’édition autour de l’Islam. Nous vous recommandons leurs dernières éditions : « Les lumières, la tolérance et le renouveau de la pensée arabe » (actes de colloque) de la Fondation Beit Al Hikma, ainsi que «Droit de la famille dans l’Islam, bases théologiques et juridiques dans le Monde arabe» et «Dialoguer avec autrui, se questionner sur soi-même, Islam et christianisme, éducation et progrès » de la Fondation allemande Konrad Adenauer.

Nous vous avons proposé un voyage, qui est loin d’être exclusif, à travers l’actualité éditoriale récente des intellectuels et penseurs tunisiens autour de l’Islam et de sa culture. En vous rendant à la Foire du Livre avec vos enfants, contribuez à les acheter et à les faire connaître et partager.Notre avenir, à tous, en dépend.

Zied Krichen (Réalité 02/05/07. Tunisie)

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2 comments

  1. J’aimerais savoir si vous pouvez me donner une liste de sites musulmans francophones, de blog, ou d’adresse mail, qui prône l’effort d’interprétation de l’islam (ijtihad), où les gens peuvent poser des questions sur l’islam et recevoir des réponses par mail. Merci d’avance.

    mounir_mrabet@yahoo.fr

  2. Il faut cesser d’interpréter la religion musulmane, si vous interrogez dix imams de différent pays ou origine sociale, il ne vous répondrons pas la même réponse pour une question donnée.
    Moi j’aimerai savoir comment un pays musulman comme la Tunisie puisse faire la guerre au voile, puisse parler de secte, puisse pratiquer la torture et en parallèle puisse construire des mosquées sur tout le territoire. Il y a un raisonnement qui me dépasse.
    De plus je souhaiterai qu’un homme de dieu, un vrai, me conseil sur l’affaire de madame Sameh Harakati, je reste intrigué des questions posées sur le site internet.
    « Que va advenir des gens qui ont fait le mal à Sameh Harakati tout en sachant son innocence ? »
    Les questions se bousculent dans mon esprit, comment dieu va réagir à ce cas bien précis ?

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