jeudi , 20 septembre 2018
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La vie de Rachida Dati vue par un Saoudien

Dati_Rachida_1.jpg(Courrier International) – La ministre de la Justice de la France est enceinte. Elle l’a elle-même confirmé. Célibataire, elle a refusé de décliner l’identité du père. Un comportement inadmissible au regard du monde arabe. Mais le chroniqueur d’un quotidien saoudien prend sa défense.

En France, la grossesse d’une femme célibataire est une affaire privée et ne concerne pas ceux qui ne font pas partie de son foyer. En Arabie Saoudite et dans le monde arabe, en revanche, beaucoup ont exprimé des réserves et les journaux ont adopté un ton désapprobateur quand la ministre de la Justice de la France, Rachida Dati, est apparue avec un ventre arrondi. Une colère partagée d’ailleurs par les lecteurs et qui s’explique par l’origine arabe et marocaine de la ministre. En France, en revanche, les médias se sont intéressés à elle uniquement parce qu’elle a accédé à un poste de première importance. Il n’y a pas eu de réaction au fait qu’elle soit musulmane et d’origine arabe.

La ministre est maîtresse de ses décisions et il lui appartient de faire ce qu’elle veut sans que cela porte à conséquence. En France, la grossesse n’est pas liée au mariage et les naissances hors mariage ne sont pas une tare. Elles sont même les plus nombreuses. En effet, en janvier dernier, les statistiques ont indiqué qu’elles ont représenté 50,5 % des 830 000 naissances enregistrées sur une année. La ministre n’a donc rien fait qui soit étranger à sa société. C’est la consécration au niveau officiel d’un comportement qui, dans cette culture, relève de la normalité, alors que pour nous un tel acte est scandaleux, voire catastrophique. Par conséquent, il ne faut pas condamner d’autres sociétés pour ce qu’elles ne considèrent pas comme condamnable.

Quand le président Nicolas Sarkozy a choisi Rachida Dati comme ministre, il n’a pas fouiné dans sa vie privée ni scruté ses mœurs ou sa vie sentimentale. Ce qu’il cherchait, c’est une collaboratrice, un fonctionnaire qui l’aide à mettre en œuvre sa politique pour son pays et son peuple. Je ne pense pas qu’il soit fâché à cause de cette grossesse aujourd’hui, même si cela s’est produit pendant son mandat ministériel. L’important pour lui est qu’elle soit juste, ne vole pas et ne porte pas préjudice à la fonction qui lui a été confiée.

Dans la société française, malgré les tares morales que nous lui trouvons, l’honneur des personnes n’est pas remis en cause par une mauvaise conduite tant que les conséquences ne concernent que l’individu lui-même et ne portent pas atteinte aux autres. L’honneur d’une personne, et d’un fonctionnaire en particulier, dépend plutôt de son dévouement au travail, de sa probité face à l’argent public et de sa rectitude envers les gens qui sont sous son autorité.

Nous nous souvenons peut-être de ce qui était arrivé à Bill Clinton en 1998. Pour nous, c’était sa liaison scandaleuse avec sa stagiaire qui posait problème, tandis que, pour son peuple, c’était le fait d’avoir menti quand on l’avait interrogé sur l’affaire. Eux ne se préoccupent pas de savoir ce que fait un tel avec une telle tant que les conséquences restent circonscrites à son foyer, mais considèrent que mentir devant la justice est une preuve évidente de mépris pour le pouvoir.
L’écho que les affaires Clinton dans le passé et Dati aujourd’hui trouvent chez le citoyen ordinaire [arabe] montre que ce dernier est fermement rivé à des positions liées à la mentalité de sa société. Une mentalité qu’il voudrait aussi imposer à d’autres sociétés.

Source: Courrier International

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