samedi , 21 septembre 2019
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Zardari face au défi islamiste

Pakistan_2_1.jpg(Al Ahram Hebdo) L’attentat sanglant perpétré contre le Marriott d’Islamabad cette semaine met le nouveau président, Asif Zardari, dans une situation fort critique face à des Talibans déterminés à secouer le pouvoir de cet « homme des Etats-Unis ».

L’ère du règne du nouveau président Asif Ali Zardari s’annonce très mal, avec l’attentat terroriste le plus sanglant déclenché, samedi soir, contre l’hôtel Marriott, l’un des deux plus grands hôtels d’Islamabad. Selon un dernier bilan, cet attentat, qualifié par des responsables pakistanais du 11 septembre du Pakistan, a fait au moins 60 morts et 270 blessés, dont la plupart sont des étrangers, car cet hôtel était essentiellement fréquenté par les élites pakistanaises et la communauté étrangère expatriée. Dimanche dernier, une vidéo diffusée à la télévision a montré qu’un kamikaze a d’abord précipité son énorme camion sur la barrière de sécurité du Marriott, avant de se faire exploser dans la cabine. Plusieurs minutes après, l’énorme charge de 600 kg a sauté. Un cratère de 18 m de diamètre et huit mètres de profondeur trouait la chaussée. Les alentours ressemblaient encore, dimanche soir, à une vraie scène de guerre.

Bien que personne n’ait revendiqué l’attaque jusqu’à présent, Islamabad a d’emblée montré du doigt les Talibans proches d’Al-Qaëda et les ont accusés d’avoir perpétré cette attaque traumatique pour déstabiliser de plus en plus le pays déjà en proie à une vague d’attentats islamistes, qui a fait près de 1 300 morts en plus d’un an. « Cet attentat, avec 600 kg d’explosifs, porte la marque d’Al-Qaëda. C’est sûr », a accusé le conseiller du premier ministre chargé de l’Intérieur, Rehman Malik.

Selon les analystes, l’attentat contre le Marriott visait un double objectif : d’une part, entraîner une vague de représailles étrangères vu que la plupart des victimes sont des étrangers et d’autre part déstabiliser le pouvoir pakistanais et détruire la confiance que lui accorde la communauté internationale. « Les Talibans veulent montrer que le nouveau chef est incapable de maintenir la sécurité dans le pays et qu’ils peuvent frapper où et quand ils veulent. N’oublions pas que Zardari, premier chef d’Etat civil après 9 ans de régime militaire sous Musharraf, était censé sauver le pays de la vague de violence qui le ronge et mettre le pays sur la voie de la stabilité. Mais voilà que les Talibans lui adressent un message ensanglanté : tu ne pourras jamais régner en paix tant que tu es l’homme des Etats-Unis. On va te créer des problèmes qui pourraient fragiliser ton pouvoir et détériorer tes relations avec tes alliés les Américains », analyse le Dr Hicham Ahmad, professeur à la faculté des sciences politiques et économiques, à l’Université du Caire. Et puis, cet attentat contre un hôtel de renommée comme le Marriott n’est-il pas aussi un attentat contre le symbole de la présence étrangère au Pakistan et surtout contre le soutien pakistanais aux Etats-Unis dans leur guerre contre le terrorisme ?

Suite à cet attentat qui vise à discréditer le président aux yeux de son peuple, M. Zardari a promis, dimanche, que nul n’entamerait la détermination de son gouvernement à continuer de combattre les « terroristes » proches d’Al-Qaëda. « Nous continuerons à combattre le cancer du terrorisme et l’extrémisme sous toutes ses formes et ses manifestations. Les Pakistanais sont un peuple brave et sans peur, ils ne sont pas effrayés par la mort », a-t-il déclaré dimanche.

Tension avec les Américains

Outre l’image du président qui risque de ternir dès les premiers jours de son pouvoir, l’attentat contre le Marriott aurait des séquelles beaucoup plus graves sur les relations du Pakistan avec les Américains, surtout après la mort de deux d’entre eux lors de l’attentat. Depuis l’ère de Musharraf, Washington a toujours accusé les autorités pakistanaises de relâchement vis-à-vis de la lutte antiterroriste, incitant Musharraf à battre d’une main plus forte pour déraciner complètement les Talibans. Trouvant que leurs appels demeuraient sans lendemain, les leaders américains ont commencé à battre de leurs propres mains, multipliant les tirs de missiles et ciblant les combattants fondamentalistes au Pakistan depuis l’Afghanistan, mais sans épargner des civils, au grand dam d’Islamabad qui proteste en vain. Cette ingérence américaine a fort tendu les relations entre les deux pays. Pire encore, ces dernières semaines, les tirs de missiles par des drones américains s’abattent quasi quotidiennement sur des maisons dans les zones tribales, tuant des combattants d’Al-Qaëda ou des Talibans, mais aussi des civils.

Dernier épisode. Une nouvelle attaque transfrontalière américaine a tué, vendredi, six personnes dans la région du nord-ouest, au grand dam d’Islamabad. « Les pays doivent respecter la souveraineté de chaque nation. L’incursion sera contre-productive et n’aidera pas à améliorer la situation », s’est insurgé le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi. Toujours furieux, le président pakistanais a affirmé dimanche : « Nous ne tolérerons aucune violation de notre intégrité territoriale par quelque puissance que ce soit. Notre pays ne doit en aucun cas permettre que son sol serve de base pour mener des attaques dans d’autres pays, au nom de la lutte contre les islamistes. C’est au Pakistan seul d’éradiquer le terrorisme sur son territoire », a déclaré Asif Zardari. Eradiquer le terrorisme, est-ce une mission si facile ? Selon le Dr Hicham Ahmad, les autorités pakistanaises ne pourront jamais taper fort sur la main des Talibans pour plusieurs raisons. Premièrement, si le président combat férocement les Talibans, il va s’attirer la haine du courant islamiste au Pakistan, un courant important qui existe avec force dans le pays et qui pourrait lui causer de graves problèmes. Deuxièmement, les Talibans vivent dans le nord-ouest qui est une région montagneuse très difficile d’accès ; l’armée ne pouvant donc jamais s’y déployer pour les pourchasser. Troisièmement, cette région jouit d’un statut de semi-autonomie qui ne permet pas au gouvernement pakistanais d’intervenir de manière forte. « C’est pourquoi on peut dire que les Etats-Unis ont plus ou moins raison dans leurs accusations, car en fin de compte la lutte contre le terrorisme ne semble pas sérieuse. D’où l’ingérence américaine qui trouvera une nouvelle justification après l’attaque du Marriott où des Américains ont péri », estime le Dr Hicham.

Tout ce qui précède ne signifie pas que Washington est disposé à perdre son allié-clé dans sa guerre contre le terrorisme dans la région. Raison pour laquelle les Etats-Unis ont dépêché leur chef d’état-major des forces armées, l’amiral Michael Mullen, à visiter le Pakistan, la semaine dernière, où il avait rencontré le chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le général Ashfaq Parvez Kayani, et le premier ministre Yousaf Raza Gillani pour tenter d’améliorer les relations bilatérales.

Al Ahram Hebdo

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