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Uri Davis, né juif et dirigeant palestinien

Uri_Davis_1.jpg(Le Figaro)– Accusé de trahison dans les médias israéliens, Uri Davis est le premier Israélien d’origine juive membre du conseil révolutionnaire du Fatah palestinien. Cet ancien militant pacifiste a fini par se convertir à l’islam.

Certains sont revenus à la religion ou ont viré au nationalisme. D’autres ont émigré. Dans l’histoire de l’extrême gauche israélienne, le parcours d’Uri Davis est l’un des plus singuliers. Il réfléchit longuement avant d’arriver à se définir lui-même : «Disons que je suis le seul Palestinien non arabe et d’origine juive européenne membre du Fatah… Autrement dit, je reconnais mon affiliation à une tribu juive, mais ma loyauté va aux valeurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme», explique-t-il d’un ton docte. Élu en août dernier au conseil révolutionnaire du Fatah pendant la convention de Bethléem, Uri Davis est le premier Israélien d’origine juive à atteindre une position aussi haut placée dans le mouvement palestinien. Cet intellectuel aime la précision dans les termes et décrit son itinéraire peu commun en expliquant longuement les raisons qui l’ont conduit de l’extrême gauche pacifiste jusqu’au militantisme palestinien.

Barbiche blanche et teint fleuri, le Dr Davis est à 66 ans un étrange personnage. Né à Jérusalem de parents juifs, anglais du côté de son père, tchécoslovaque de celui de sa mère, il finira par renoncer à sa nationalité israélienne, avant de se convertir récemment à l’islam, «pour des raisons personnelles», lorsqu’il se marie l’an dernier avec une militante palestinienne.

Uri Davis vient d’un courant pacifiste radical. Étudiant en philosophie à l’université hébraïque de Jérusalem, il est un disciple de Gandhi et de Martin Luther King, «mais pas marxiste, à la différence de beaucoup à l’époque», précise-t-il. Il refuse de faire son service militaire et s’inspire du mouvement américain des droits civiques, dont les militants blancs se rendent dans les états du Sud pour prendre une part active à la lutte contre la ségrégation. Son combat à lui sera contre l’État israélien. Âgé d’une vingtaine d’années, il milite d’abord contre la confiscation de terres palestiniennes en Galilée pour la construction de la ville de Karmiel, «pour l’usage exclusif de la population juive», insiste-t-il. De guerre lasse, les autorités israéliennes condamnent ce personnage excentrique à huit mois de prison, et à une interdiction de se rendre dans le nord de la Galilée. «Même en prison, je n’ai jamais été soumis à des humiliations : j’ai toujours bénéficié d’un traitement particulier en raison de mes origines», raconte-t-il. «Même si je suis vu comme un renégat, je suis toujours considéré comme un membre de la tribu. C’est une des constances d’un système d’apartheid.»

«Une forme plus subtile d’apartheid»

Uri Davis finit par abandonner son pacifisme au moment de la guerre du Vietnam. «J’ai alors réalisé que la résistance armée, comme celle du Viêt-cong ou de l’ANC en Afrique du Sud, pouvait être nécessaire. J’ai renoncé au pacifisme… J’espère au moins être resté antimilitariste», ajoute-t-il. L’étape suivante est celle de son ralliement au Fatah, lorsqu’Abou Jihad, l’un des fondateurs du mouvement palestinien l’invite à Tunis en 1984. Devenu dirigeant de la représentation du Fatah à Londres, il poursuit ses activités politiques en parallèle avec une carrière d’enseignant à l’université de Bradford, en Grande-Bretagne. Comme ces Sud-Africains blancs qui rejoignent l’ANC, Uri Davis se consacre à la dénonciation d’un système qu’il assimile à l’apartheid, et consacre deux ouvrages à ce thème. Il est sur ce sujet intarissable. «Il faut bien faire la distinction entre racisme et apartheid», insiste-t-il. «Le racisme est une forme populaire de xénophobie, et Israël n’est pas à cet égard plus raciste que les États-Unis ou la Grande-Bretagne… L’apartheid est une régulation par la loi des différences raciales. Israël est simplement beaucoup plus astucieux que l’Afrique du Sud : il n’y a pas de ces lois ridicules de ségrégations. Tout est plus subtil…»

Peu lui importe que les Palestiniens vivants en Israël bénéficient du droit de vote et soient représentés à la Knesset. «Ils ne servent qu’à masquer le fait que 80 % des Arabes vivant dans la Palestine mandataire en soient privés !» Uri Davis est en faveur d’un État binational, dans lequel tous les citoyens auraient des droits égaux, vieille hantise des Israéliens qui risqueraient à terme de perdre l’État juif au centre du projet sioniste. Le Dr Uri Davis a mis fin à son grand écart idéologique en quittant définitivement cette frange ultraminoritaire de l’extrême gauche israélienne pour rejoindre le camp adverse.

Le Figaro le 20/11/2009

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