mardi , 17 juillet 2018
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Seymour Hersh: Fatah Al Islam a été armé par le gouvernement Siniora

seymour-hersh.jpgSeymour Hersh a donné sur CNN sa lecture des causes qui ont mené aux évènements actuels à Tripoli. Rappelant les confidences qu’il a recueillies auprès des membres de l’administration au Liban, il affirme que Fatah Al Islam a été toléré, sinon armé et financé, par le gouvernement Siniora, avec le soutien et la bénédiction des USA et du Prince Bandar d’Arabie Saoudite, qui voyaient dans cette organisation une force capable, le jour venu, de lutter contre le Hezbollah.

Le journaliste d’investigation Seymour Hersh a relaté en mars dernier qu’afin de combattre le Hezbollah, le gouvernement libanais soutenait un groupe de militants sunnites, celui-là même contre lequel il se bat aujourd’hui. Seymour nous parle depuis Washington.

Quelles sont les sources de financement de ces groupes, comme par exemple le Fatah Al Islam dans ce camp de Nahr el Bared ? Où se procurent-ils l’argent et les armes ?

SEYMOUR HERSH : L’acteur clé est l’Arabie Saoudite. Ce que j’ai décrit dans mon article, était une sorte d’accord privé passé entre la Maison Blanche – nous parlons de là de Dick Cheney et Elliott Abrams, l’un des conseillers majeurs à la Maison Blanche – et [le Prince] Bandar [d’Arabie Saoudite]. L’idée était d’obtenir un soutien, un soutien secret, des Saoudiens, pour aider différents groupes extrêmistes jihadistes, des groupes sunnites, en particulier au Liban, qui seraient des ressources en cas de confrontation avec le Hezbollah. C’est aussi simple que ça.

Gorani : Le gouvernement Siniora, dans le but de contrer le Hezbollah au Liban financerait selon vous des groupes comme le Fatah Al Islam avec lequel ils ont un problème maintenant ?

Hersh : Ce sont des conséquences imprévues, à nouveau, oui.

Gorani : Si l’Arabie Saoudite et le gouvernement Siniora agissent ainsi, que [le résultat] soit imprévu ou non, les USA doivent avoir quelque chose à dire à ce sujet ?

Hersh : Les USA étaient profondemment impliqués. C’était une opération secrète que Bandar menait avec nous. Souvenez vous comment nous sommes intervenus dans la guerre d’Afghanistan, par un soutien à Ossama Ben Laden, aux moujahidines des années 1980, avec Bandar et avec des gens comme Elliott Abrams qui s’en occupaient. L’idée était que le Saoudiens nous avaient promis qu’ils pourraient contrôler les jihadistes, donc nous avons consacré beaucoup d’argent et de temps à la fin des années 1980, à utiliser, à soutenir les jihadistes pour combattre les russes en Afghansitan, mais il se sont retournés contre nous.

Et nous avons le même schéma, comme si nous n’avions rien appris. C’est le même schéma utilisant à nouveau les Saoudiens pour soutenir les jihadistes, avec les Saoudiens qui nous assurent qu’ils peuvent contrôler ces différents groupes, comme celui qui s’oppose au gouvernement à Tripoli en ce moment.

Gorani : Les moujahidines des années 1980 sont une chose, mais pourquoi serait-ce dans l’intérêt des USA en ce moment de renforcer même indirectement ces mouvements jihadistes, qui sont des extrêmistes, qui se battent jusqu’à la mort dans ces camps palestiniens ? Est-ce que cela ne va pas contre les intérêts du gouvernement Siniora, mais aussi des USA et du Liban ?

Hersh : L’ennemi de notre ennemi est notre ami, comme les groupes jihadistes du Liban étaient là pour s’en prendre à Nasrallah. Le Hezbollah, souvenez-vous, a battu Israel l’année dernière, que les israeliens le reconnaissent ou pas. Donc le Hezbollah est une menace majeure pour les USA. Le rôle des USA est très simple, Condoleezza Rice l’a exprimé trés clairement. Nous sommes engagés à soutenir les sunnites partout où nous le pouvons contre les chiites, contres les chiites d’Iran, contre les chiites du Liban, comme Nasrallah. C’est une guerre civile. Nous sommes engagés dans certains pays – le Liban en particulier – dans la violence confessionnelle.

Gorani : L’administration Bush, bien sûr serait en désaccord avec cela, comme d’ailleurs le gouvernement Siniora, qui désigne la Syrie, affirmant que le Fatah Al Islam est une branche issue d’un groupe Syrien, qui obtient ses armes de la Syrie.

Hersh : C’est un question à laquelle il faut répondre. Si c’est vrai, la Syrie qui est très proche du Hezbollah – et qui est fort critiquée par l’administration Bush pour cela – serait également en train de soutenir des groupes salafistes [opposés au Hezbollah], alors cette logique s’effondre. Ce dont il s’agit, simplement, c’est d’un programme secret dans lequel nous avons rejoins les Saoudiens, faisant partie d’un programme plus vaste, qui consiste à faire tout ce que nous pouvons pour mettre fin à l’expansion chiite, du monde chiite, mais nous avons été « mordus au postérieur », comme c’est déjà arrivé par le passé.

Gorani : Mais si cela n’a aucun sens pour les syriens de soutenir [Fatah Al Islam], pourquoi cela en aurait-il un pour les USA, de les soutenir – indirectement selon vous – en donnant un milliard de dollars d’aide – en partie militaire – au gouvernement Siniora ? Et si ces fonds sont attrribués de telle manière que les USA et le gouvernement ne contrôlent pas ces groupes extrèmistes, alors les USA, indirectement les soutiendraient. Pourquoi donc serait-ce dans leur intérêt et que devraient-ils faire ?

Hersh : (…) A la base, c’est très simple. Lorsque j’étais à Beyrouth, conduisant mes entretiens, j’ai parlé avec des membres de l’administration qui reconnaissaient que la raison pour laquelle ils toléraient ces groupes jihadistes radicaux, c’était parce qu’ils les considéraient comme une protection contre le Hezbollah. La peur inspirée par le Hezbollah à Washington est très vive. Ils sont tout simplement persuadés que Hassan Nasrallah a l’intention de faire la guerre à l’Amérique. Que cela soit vrai ou non, est un autre débat. Il y a une peur terrible du Hezbollah, et nous ne voulons pas que le Hezbollah joue un rôle actif dans le gouvernement du Liban, et cela détermine notre politique, qui soutient le gouvernement Siniora, malgré sa faiblesse contre la coalition [de l’opposition]. Nous soutenons non seulement Siniora, mais aussi Ahoun, l’ancien chef militaire du Liban.

HALA GORANI (CNN) 22/05/2007

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