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PELERINAGE Sénégal : Aux origines d’un pèlerinage MARIAL / POPENGUINE

popenguine_1_1.jpgAujourd’hui, ils sont plusieurs centaines de jeunes qui commencent déjà à rallier Popenguine. Ce village, classé parmi les cités dites saintes du Sénégal, abrite le sanctuaire marial, point de convergence des catholiques du Sénégal en cette veille de la Pentecôte, pour célébrer et prier la Vierge marie, avec comme point fort, la messe solennelle que préside lundi le Cardinal Théodore Adrien Sarr, archevêque de Dakar. 120 ans après Mgr Mathurin Picarda, initiateur du pèlerinage émerveillé par la beauté du site.

A l’époque un petit village habité par des sérères safènes, Popenguine est entré dans l’histoire de la chrétienté du Sénégal un soir, aussi ordinaire que celui menant vers une fin d’année. Venue dire la messe à Guéréo, autre petit village d’à côté, où il a baptisé vingt-neuf adolescents, les premiers chrétiens de la zone, Mgr Mathurin Picarda décide de se rendre à Popenguine, où il y avait déjà des prémices d’évangélisation. Accompagné de quelques Pères, le religieux, passe par le Cap de Naze. Séduit par la beauté du paysage, il ne peut s’empêcher de s’écrier : «Quel magnifique site pour un sanctuaire à la Vierge !» Le site, avec un relief assez accidenté, présente une falaise qui surplombe la mer.

TROIS SITES, TROIS CONTINENTS, UN MEME CULTE

Ses origines bretonnes auront beaucoup influencé Mgr Mathurin Picarda. Dans son diocèse de Bayeux en France, existait, en effet, un sanctuaire dédié à Marie dont la vénération est partie d’une petite chapelle construite, au 3e siècle, en l’honneur de Notre Dame «delle Yvrande», un mot celtique dont la déformation linguistique a, plus tard, donné «délivrande». Entre Bayeux et Popenguine, il y a également cette coïncidence que les deux sites sont sur une falaise. L’Evêque, qui a inspiré le culte marial dans cette partie de la petite-côte au Sénégal, était aussi missionnaire spiritain aux Antilles, pays où «la dévotion à Notre Dame de la Délivrande» était solidement ancrée dans le quotidien des chrétiens. «Pourquoi ne pas lui (la Vierge Marie) ériger en terre d’Afrique un sanctuaire où les chrétiens du Sénégal viendrait en pèlerinage ?», se disait-il. L’idée d’un pèlerinage venait de naître. C’était au soir du 29 décembre 1887.

Mgr Picarda n’attendra pas longtemps pour réaliser son rêve. Ainsi, le 15 mai de la même année, soit cinq après, il annonçait aux fidèles, à travers une lettre écrite de sa propre main, un «pèlerinage» qui, espérait-il, «ouvrira la série des manifestations de la foi et de la piété envers Notre Dame de la Délivrande, (afin) d’introniser solennellement la Vierge dans le nouveau domaine que nous lui avons choisi et dont elle voudra bien, nous en avons l’assurance, accepter le patronage…». Une semaine plus tard, le 22 mai 1888, mardi qui suivait la fête de Pentecôte, Popenguine a accueilli son premier pèlerinage.

Les pèlerins, venus essentiellement de Dakar, Gorée et de Saint-Louis par bateaux la veille, ont ainsi eu le privilège d’être témoins d’une «manifestation grandiose». Des Prêtres et Sœurs missionnaires accompagnés d’enfants de Ngasobil feront également le déplacement. Ne pouvant prendre la mer, un groupe a rallié Popenguine à Pied en longeant la côte. La case qui faisait office de chapelle dans le village s’est révélée trop petite et la messe a dû se tenir en plein air, suivie d’une procession jusqu’à la mer. Ce jour-là, trente-huit nouveaux chrétiens, ont reçu le baptême. Fait remarquable : les parents de feu le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, François Fary et Anna Ndiémé Alassane Sène font partie du groupe.

LE SENEGAL SOUS LA PROTECTION DE MARIE

Mais entre 1889 et 1951, la mission de Popenguine a vogué entre fermeture et réouverture à cause de plusieurs événements liés aux deux guerres mondiales et à des épidémies. Forts de leur foi et de leur dévotion à Marie, les villageois ont, eux-mêmes, assuré la continuité du service, le site continuant toujours d’accueillir des pèlerins «pendant le carême et autour de la Pentecôte». Le véritable tournant aura lieu lors du pèlerinage national du 3 juin 1963. Ce jour-là, Mgr Lefebvre, à l’époque archevêque de Dakar, en présence de Léopold Sédar Senghor, président de la République, «consacre solennellement le nouveau pays à Notre-Dame de Popenguine». Depuis «cette consécration du pays à la Bienheureuse Vierge Marie», renouvelée lundi de Pentecôte 1977 par le cardinal Hyacinthe Thiandoum, le sanctuaire s’est voulu un «asile de prière et de paix» où viennent se réfugier les fidèles chrétiens du Sénégal et, au-delà, de la sous-région, pour «apporter à Marie leurs requêtes et trouver près d’elle assistance et soutien».

Autre date repère, le 23 novembre 1991. Ce jour-là, l’église de Popenguine devient, suite à une demande du Cardinal Thiandoum adressée au Pape Jean-Paul II, une basilique mineure, «ayant pleine confiance que la Mère du Rédempteur en recevra un plus grand honneur et que la foi et la dévotion du peuple de Dieu en seront fortifiées», selon les termes mêmes du Saint Père. Sa Sainteté le pape Jean-Paul II, le 20 février 1992, fait d’ailleurs partie des nombreuses personnalités du monde qui ont prié à Popenguine. C’était de sa tout première et unique visite au Sénégal et en Gambie. De ses mains, il a couronné la statue de la Sainte Vierge.

Ainsi, le pèlerinage de Popenguine est devenu un «acte public et solennel de foi et de piété». L’engouement suscité pour le culte marial a, d’ailleurs, inspiré les musulmans qui parlent de Popenguine comme de la «ville sainte» des chrétiens du Sénégal.

La quotidien Sénégal 10/05/2008

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