samedi , 16 décembre 2017
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Minarets et exportations d’armes: vers un double non

Minaret_3.jpg(suissinfo)- A onze jours des prochaines votations, les Suisses s’apprêtent à refuser l’initiative anti-minarets. Ils seraient également défavorables à l’interdiction d’exporter de l’armement, selon un sondage. Seul le 3e objet soumis au vote le 29 novembre trouve grâce à leurs yeux.

Alors que la campagne sur l’initiative anti-minarets bat son plein, 53% des Suisses se disent sur le point de voter non au texte commun de l’Union démocratique du centre (UDC/droite conservatrice) et de l’Union démocratique fédérale (UDF/droite religieuse).

C’est exactement la même proportion que lors du premier sondage de l’institut gfs.bern réalisé pour le compte du diffuseur national SRG SSR idée suisse publié le 23 octobre dernier. Si la part des indécis a fondu, reculant de 13 à 10%, le oui est par contre passé de 34 à 37%.

Une progression de 3 points qui, selon Claude Longchamp, directeur de l’institut gfs, est atypique dans le cas d’une initiative car contraire à l’évolution habituelle des intentions de vote. «Il y a un mois, notre sondage donnait le non gagnant plus clairement qu’aujourd’hui, où l’issue du vote est un peu plus ouverte», a-t-il précisé.

Cette évolution, les auteurs du sondage la mettent sur le compte du contexte. «La complexité de cette problématique n’a été jusqu’à présent qu’effleurée dans l’espace public. Mais elle est posée à un moment où les relations avec l’étranger, avec la Libye en particulier, sont tendues. Cela facilite le travail des promoteurs de l’initiative, qui ont ainsi plus de facilité à se construire une audience», indiquent-ils.

Partisans du PLR à courtiser

Reste que la formation des opinions sur ce thème s’est faite très tôt, en raison notamment de la controverse sur l’affiche de l’UDC. Les partisans de la droite conservatrice sont d’ailleurs plus décidés que jamais à soutenir l’interdiction des minarets (78% de oui contre 67% en octobre dernier).

Dans les autres partis, c’est le refus de l’initiative qui a progressé. Les sondés qui se disent proches des Verts plébiscitent le non (79%), suivis de près par les sympathisants du PS (76%) et ceux des démocrates chrétiens (PDC/centre droit, 56%). Exception notable, les partisants du PLR (droite), parmi lesquels le oui s’est renforcé, passant de 31 à 38%.

Pour les initiants, il s’agit là d’un groupe cible à courtiser. «Les gens qui se sentent proches de l’UDC et de l’UDF, ainsi que les partisans du PLR, seront déterminants pour l’issue de la votation», souligne à ce propos l’institut gfs.

Sur le plan confessionnel, catholiques (49%), protestants (54%) et sans confession (63%) rejettent le texte. Abondamment commentée au lendemain du premier sondage, la proportion de protestants qui s’y disent néanmoins favorables a régressé de 42 à 40%. A l’inverse, les catholiques sont aujourd’hui plus nombreux (39%) qu’en octobre (31%) à vouloir voter oui.

Domination de l’islam?

L’initiative nuit-elle aux relations de la Suisse avec l’étranger, en particulier avec les pays musulmans? 52% des Suisses le pensent, ce qui en fait l’argument le plus percutant des opposants à l’initiative. 47% des sondés approuvent l’idée que celle-ci envoie un mauvais message aux étrangers et 42% qu’elle contrevient aux droits humains.

Dans l’autre camp, l’argument selon lequel les minarets représentent un symbole de domination de l’islam convainc 50% des sondés. Ils sont en outre 49% à estimer que voter oui le 29 novembre contribuera à donner un signe en faveur d’une limitation de l’expansion de cette religion, alors que 47% estiment que les mosquées n’ont pas besoin de minarets.

De manière générale cependant, le discours des promoteurs de l’initiative est plus percutant, observe Claude Longchamp. «Les opposants à l’initiative ont sous-estimé la véhémence de la campagne des initiants, qui ont réussi à déclencher un véritable débat sur l’intégration.»

Rejet sur les exportations d’armes

Sur le deuxième objet soumis au peuple le 29 novembre, un refus se dessine également. Conformément à ce qui se passe dans la plupart des cas s’agissant d’initiatives populaires, le non s’est renforcé entre les deux sondages. Il convainquait 44% des sondés en octobre contre 50% aujourd’hui.

A l’inverse, la proportion de Suisses favorables à l’interdiction d’exporter des armes a reculé. Ils étaient 41% lors du premier sondage contre 39% aujourd’hui. Idem du côté des indécis, qui sont 11% aujourd’hui et qui étaient encore 15% en octobre.

Au niveau politique, la proposition du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) rencontre le plus de soutien de la part des Verts (81%). Suivent les socialistes (61%) et les sondés sans appartenance partisane (35%). A droite en revanche, le refus l’emporte plus nettement chez les sympathisants de l’UDC (74%), du PDC (68%) et du PLR (66%).

Mettre l’accent sur les conséquences économiques de cette interdiction est le plus solide argument des opposants à l’initiative puisqu’il emporte l’adhésion de 64% des sondés. Ils sont par ailleurs 61% à penser que la réglementation actuelle est suffisante. Toutefois, 66% des Suisses estiment que, pour des raisons morales, la Suisse ne devrait pas s’enrichir en vendant du matériel de guerre.

Cela ne devrait toutefois pas suffire à modifier la tendance, selon l’institut gfs, pour qui l’évolution de la situation entre les deux sondages et les fronts politiques clairs annoncent un sort similaire à celui des deux autres initiatives sur le sujet: elles ont été rejetées en votation en 1972 et 1997.

Trafic aérien: un oui indifférent

Enfin, le financement spécial du trafic aérien, dernier objet en votation, n’a pas gagné en résonance médiatique, contrairement aux deux autres thèmes. 28% des Suisses ne savent pas encore ce qu’ils voteront à ce sujet. Ils seraient cependant 49% à suivre l’avis du gouvernement, qui recommande le oui à cette modification constitutionnelle, contre 23% à en prendre le contrepied.

En termes de participation, les intentions de vote ont progressé de 6% par rapport au premier sondage. Elles sont désormais le fait de 50% des votants. Une mobilisation plus marquée que d’habitude, souligne l’institut gfs, qui explique le phénomène par la visibilité des campagnes en cours et par les controverses qu’elles provoquent.

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