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Maroc: Elles sont 150 prédicatrices formées depuis 2005

pr__dicatrices_1.jpgEn effet, 1027 candidates ont postulé pour bénéficier de ce programme, soit le double des candidatures pour l’imamat chez les hommes », affirme un responsable au ministère des Habous et des Affaires islamiques. Lancé en 2005 par Ahmed Taoufiq dans le cadre de la réforme religieuse au Royaume, 150 femmes ont bénéficié depuis de cette formation à l’école des imams à Rabat. Il s’agit d’une première expérience au Maghreb. Les morchidates sont affectées dans les mosquées où elles dispensent des cours religieux. De plus, elles sont habilitées, en cas de besoin, à animer des conférences ou des cours dans les hôpitaux, les écoles et les centres pénitentiaires. Le ministère avait fixé des critères déterminant les choix des candidates au cours des présélections. Ainsi, ces femmes doivent justifier déjà avoir appris au moins la moitié du Saint Coran. De même, elles doivent être titulaires d’une licence ou un diplôme universitaire équivalent. L’approche du programme est basée sur la prise en compte de l’environnement politico-social national. En fait, il a été conçu pour renforcer les connaissances et les compétences des encadrants religieux.

Outre le perfectionnement des connaissances en matière de sciences islamiques, les morchidates, avec les 150 imams sélectionnés dans le cadre de ce vaste programme de formation, ont suivi des cours d’acquisition sur l’éthique et les connaissances de l’orientation religieuse.
La formation des morchidates, étalée sur douze mois, est polyvalente et se caractérise par son ouverture sur d’autres disciplines : droit notamment le code de la famille, psychologie, sociologie, étude comparative des religions et aussi méthodologies de recherche, langues étrangères, analyse du discours, communication, informatique et histoire contemporaine. Les étudiantes bénéficient d’une bourse de 2.000 dirhams durant la période de formation. Selon les responsables du ministère, le programme de formation des prédicatrices permettra aux lauréats de participer d’une manière optimale à l’encadrement notamment des jeunes femmes marocaines à travers des prêches et des causeries. Elles vont également concourir à l’orientation des marocaines en matière de pratiques religieuses.

C’est donc dans le cadre d’une réforme religieuse entreprise au lendemain des attentats terroristes du 16 mai 2003 à Casablanca que le ministère a donné son approbation pour permettre aux femmes marocaines d’intervenir d’une manière plus active dans le champ religieux. Les responsables ont également voulu mettre un terme à certaines pratiques. En effet, des fatwas étaient émises à tort et à travers notamment par des femmes lors de réunions religieuses tenues dans des maisons de particuliers. Non seulement ces fatwas allaient souvent à l’encontre même des préceptes de l’Islam mais elles étaient émises par des personnes qui n’ont pas les compétences requises. Les morchidates allaient combler un vide qui commençait, tout de même, à poser un sérieux problème. Pourtant, la sortie de la première promotion des prédicatrices marocaines a été sur le point de dégénérer en une véritable  » discorde » créant une polémique qui a fait la une de tous les journaux.

Morchidates ou imams?

Animés par un enthousiasme démesuré après la décision d’un pays musulman comme le Maroc de permettre aux femmes d’intégrer un domaine réservé aux hommes, certains correspondants étrangers se sont empressés de dire que les lauréates de la première promotion des morchidates vont officier la prière dans les mosquées. L’effet boule de neige aidant, l’information se propage comme une traînée de poudre. Elle est également relayée par un grand nombre de médias étrangers et nationaux. Le Maroc était au centre de l’actualité. On ne parle que de ce sujet partout au pays. L’information s’apparentait plutôt à une révolution dont les répercussions menaçaient d’être très graves. Cependant, les avis divergeaient de part et d’autre sur la question. Pour les uns, les femmes pouvaient diriger la prière puisque ni le Coran ni la Sunna n’interdisent d’une manière formelle l’imamat pour les femmes.

Ces derniers invoquaient également le cas d’une femme américaine. En effet, en mars 2005, une certaine Amina Wadud, professeur d’études islamiques à l’université de Virginie crée un précédent en dirigeant une prière devant une assemblée mixte à New York. Pour d’autres, l’imamat obéit à des critères parmi lesquels la masculinité de l’imam excluant ainsi toute possibilité de voir une femme officier la prière au masjid. L’intervention du ministre de tutelle, ne tarde pas à venir: l’imamat est strictement réservé aux hommes. Pour clore cette affaire d’une manière définitive, Ahmed Taoufiq revient à la charge quelques jours après en demandant au Conseil supérieur des oulémas de trancher sur la question par le biais d’une fatwa conformément au rite malékite. Un jour après, la fatwa est tombée.  » Le rite malékite et la jurisprudence islamique sont unanimes à exclure la direction par la femme de la prière des hommes.

Il n’a jamais été prouvé, que ce soit dans l’histoire du Maroc et chez ses oulémas qu’une femme ait dirigé à la mosquée la prière des hommes ou des femmes « , lit-on dans la fatwa. Cheikh Mohamed Sayed Tantaoui, chef de l’université égyptienne Al Azhar, l’une des plus prestigieuses institutions musulmanes sunnites, avait également estimé que seuls les hommes pouvaient conduire la prière. Les cinquante morchidates marocaines devaient seulement enseigner et expliquer le Coran et la Sunna dans les mosquées, les associations, les écoles et les prisons. Aujourd’hui, cette polémique fait partie d’un passé déjà loin. La page a été tournée et les morchidates exercent actuellement dans différentes mosquées à travers le territoire national. Il faut dire que l’expérience des femmes prédicatrices rencontre un succès auprès de leurs congénères.

Les morchidates assurent des leçons de prêche au profit des femmleur apportent une assistance sur des questions notamment concernant les dispositions du Code de la famille. Les femmes, elles, sollicitent plus facilement les morchidates sur certains sujets ayant trait avec leurs intimités pour obtenir des renseignements conforme aux préceptes de l’islam. Les questions des femmes pour la plupart analphabètes, vont des ablutions avant la prière, au Ramadan, en passant par les relations conjugales. Avec la première promotion de 2006, un tournant décisif est lancé dans la réorganisation du champ religieux. Depuis quelques années déjà, la femme marocaine est plus présente. D’ailleurs, la volonté politique ne manque pas. On se rappelle tous du passage de Rajaa Naji Mekaoui à la télévision. Elle était devenue la première femme à avoir animé une causerie religieuse pendant le mois de ramadan.

Alphabétisation dans les mosquées

Tous les observateurs affirment que ce programme, piloté par le ministère des Habous et des Affaires islamiques, rencontre un succès notable. Les chiffres sont édifiants. Huit années après son lancement, le programme a bénéficié à 545.990 personnes, soit 10% de la population ciblée par le plan gouvernemental visant à alphabétiser 5 millions de personnes à l’horizon 2010. Un budget spécial a été réservé à cette mission ambitieuse. Plusieurs objectifs ont été assignés à ce programme qui cible en priorité les femmes car elles sont les plus touchées par l’analphabétisme. Il a comme principal objectif de faire apprendre aux citoyens analphabètes l’écriture, la lecture et le calcul. Les cours permettront également d’approfondir les connaissances des bénéficiaires concernant les préceptes de l’Islam et de leur inculquer les valeurs de tolérance et de modération. En effet, les cours d’alphabétisation sont accompagnés de séances de prédication. Dans ce qui ressemble plutôt à un partage de rôles entre les différents départements impliqués dans la lutte contre l’analphabétisme, le ministère des Habous a accordé une attention particulière au milieu rural ainsi que les petites agglomérations qui ne disposent pas d’établissements scolaires.

Le rite malékite

Adopté par le Royaume depuis très longtemps, le rite malékite a été au centre des débats notamment pendant la polémique qui a suivi la sortie de la première promotion des morchidates. La prééminence du rite de l’Imam Malek au Maroc ainsi que dans d’autres pays du Maghreb, est expliqué par la forte personnalité de l’Imam Malek lui-même. Grand savant de Médine, il est connu pour sa piété, sa conduite exceptionnelle, sa crainte de Dieu et son dévouement aux sciences religieuses. Il était vivement attaché aux préceptes du Coran et de la Sunna qu’il primait sur l’analogie et l’opinion lors de l’émission de fatwas (avis juridique).

Les fondements du rite malékite sont pour l’essentiel: le Saint Coran, la Tradition du Prophète, le consensus (Ijma’), le raisonnement par analogie (qias), la pratique des médinois, l’opinion des Compagnons du Prophète, le choix juridique (istihsan), l’utilité publique (istislah), le respect de la coutume, la prévention des actes illicites (sadd addarai’), L’istishab ou continuité de la norme juridique et la prise en considération de l’argument opposé. Pour Ibn Khaldoun, la prééminence du rite malékite en Andalousie et au Maroc est due essentiellement au voyage des Marocains au Hijaz. Il rapporte dans ses  » Prolégomènes » (Muqaddima) que  » L’école malékite est surtout suivie au Maghreb et en Andalousie dont les habitants ont rarement une autre attache. En effet, Maghrébins et Andalous n’allaient, généralement, pas plus loin que le Hijaz ».

Le Matin.ma (Maroc) 08/06/2008

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