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Les instances de l’islam de France présentent un maigre bilan

Le_Monde.jpgL‘heure est au bilan et, globalement, le tableau n’est pas fameux. A quelques jours des élections qui, le dimanche 8 juin, doivent renouveler les instances représentatives des musulmans de France, les commentaires peu amènes foisonnent en leur sein pour déplorer les maigres réalisations du Conseil français du culte musulman (CFCM) et l’apathie de la plupart des 25 conseils régionaux (CRCM). Imposées en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, ces institutions ne sont pas parvenues à s’imposer.

« En crise permanente », selon le vice-président du CFCM, Fouad Alaoui, responsable de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui lance au passage : « Ils font fausse route ceux qui considèrent que le CFCM doit être le levier de promotions personnelles. » « Bilan faible », pour Anouar Kbibech, le président du Rassemblement des musulmans de France (RMF), dont le mouvement vise la présidence à l’issue du scrutin. « Combat de chefs, manque de compétences, manque de projets », liste Azzedine Gaci, le président du CRCM de Rhône-Alpes, l’une des rares institutions régionales en ordre de marche, qui a présenté son propre bilan, samedi 24 mai.

Même le président du CFCM depuis 2003, Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, a dénoncé « la faillite de 80 % des CRCM ». Censés organiser la vie cultuelle des musulmans en région, la plupart des 25 conseils régionaux, créés en 2003, ont produit peu d’effets sur le terrain. Outils d’un marchandage entre les différentes composantes de l’islam, paralysés par les querelles de personnes qui en ont découlé, ils n’ont en outre reçu aucune impulsion de la part de l’échelon national. Celui-ci était lui-même enkysté dans les dissensions entre organisations et au sein de la communauté marocaine. Bénévoles pour la plupart, beaucoup de leurs responsables se sont contentés de jouir de leur nouvelle notabilité, sans réalisations concrètes.

Dans ce paysage, seule une poignée d’entre eux commencent à répondre aux besoins quotidiens de la communauté pour l’exercice du culte. C’est le cas dans l’Ain où Toufik Chergui, le délégué départemental du CRCM de Rhône-Alpes, oeuvre depuis 2005 à l’amélioration des conditions d’abattage lors de la fête de l’Aïd el-Kebir. Il conduit ce travail en collaboration avec la préfecture, où l’on se félicite de « l’instauration du CRCM, qui a créé une porte d’entrée unique » auprès des musulmans.

En Rhône Alpes, des protocoles d’accord entre les préfectures, les mairies, le CRCM et les associations musulmanes ont été signés pour la construction de huit nouveaux lieux de culte. A l’heure où de plus en plus de musulmans souhaitent se faire inhumer en France, le CRCM a dressé un inventaire du nombre de carrés confessionnels dans les villes où vivent des musulmans et interpellé les mairies à ce sujet. Le directeur de cabinet de la mairie de Vaulx-en-Velin (Rhône), Jean-Luc Joubert, apprécie le « rôle de consultant que joue le CRCM » sur ces dossiers. « L’intérêt est d’avoir des interlocuteurs stables et solides », renchérit Henri Thivillier, adjoint au maire de Vénissieux (Rhône), confronté dans un passé récent à l’islamisme radical.

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le président de l’instance régionale, Moulay Abderrahmane Ghoul, met lui aussi en avant « les 400 concessions musulmanes » inaugurées à Toulon ce mois-ci ou la mise en chantier de la grande mosquée de Marseille, un projet vieux de plusieurs années. Ailleurs, on évoque « la nomination d’aumôniers pour les prisons, l’armée et les hôpitaux », ou un début de « formation pour les cadres musulmans ». Chaque année, le CFCM se félicite d’être parvenu à fixer un jour commun pour marquer le début du mois de jeûne du ramadan…

Mais du côté des fidèles, les attentes envers les CRCM demeurent limitées. En règle générale, les associations musulmanes locales lancent leur projet de création de mosquée sans l’aide de l’instance régionale, qui ne dispose d’aucun fonds, et traitent directement avec les mairies. Cette désaffection désole M. Chergui. « Ce qui me pose problème, explique-t-il, c’est que les gens se battent pour avoir un titre au CRCM et une fois les élections passées, chacun retourne dans sa mosquée. Or, cette institution est comme toutes les autres, sans personne moteur, elle n’avance pas. »

La plupart des acteurs impliqués dans ces instances persistent néanmoins à en défendre la légitimité et soulignent l’importance qu’elles ont eue pour la reconnaissance de l’islam dans la vie publique française. Un aspect que ne démentent pas les pouvoirs publics au niveau local ou national, qui plaident eux aussi pour la pérennité de ces structures, aussi imparfaites soient-elles.

Stéphanie Le Bars, Le Monde 26/05/2008

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