jeudi , 23 novembre 2017
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L’Islam et les droits de l’homme : L’Islamisme, le droit international et le modernisme islamique de Amirmokri Vira

A l’origine, cet ouvrage est un mémoire de maîtrise en droit de l’université Laval (Québec), qui obtint le prix d’excellence décerné par l’Association des professeurs de droit au Québec (APDQ).

L’auteur effectue une analyse de plusieurs aspects du rapport entre Islam et droits de l’homme, question complexe et d’actualité qui suscite un débat passionnel et conflictuel. Amirmorki discute cette question telle qu’elle se manifeste concrètement dans les sphères juridiques internes et internationales.Dans le premier chapitre, l’auteur traite de la relation entre l’islamisme et les droits de l’homme en exposant la manière dont l’Iran, État islamiste et pays d’origine de l’auteur, perçoit les droits de l’homme. Au niveau international, il examine, dans le deuxième chapitre, le rapport entre le droit international des droits de l’homme et le relativisme culturel, à savoir le particularisme islamique. Enfin, le troisième chapitre du livre porte sur les possibilités de réconciliation entre islam et droits de l’homme tels qu’ils sont reconnus au niveau international a travers l’analyse des théories modernistes présentées dans les ouvrages de doctrine.

L’examen du rapport entre Islam et droits de l’homme, sur le plan national, est effectué à travers l’étude du système juridique iranien, et notamment la Constitution, exemple unique d’institutionnalisation de l’islamisme. Islamisme, terme général choisi par l’auteur pour désigner l’idéologie de différents groupes d’action politique et sociale dans les sociétés musulmanes ayant comme point commun la référence à l’Islam et la communauté musulmane du temps du prophète en tant que modèle idéal d’organisation sociale et politique. Dans son rapport entre Islamisme et droits de l’homme, l’auteur affirme que la suprématie de la loi divine protège la décision du retour aux châtiments islamiques ; justifie des restrictions à certains droits et libertés concernant les piliers de la démocratie comme la liberté d’expression et d’association ; et inspire des lois qui consacrent la discrimination sur la base de la religion et du sexe.

Or, la synthèse des textes et de la pratique politique en Iran révèlent que le système instauré par la Constitution iranienne est moins subordonné à l’islam qu’à la politique et au droit positif, et que les limites imposées à la jouissance et à l’exercice des droits sont autant de garanties pour le maintien de l’ordre politique et de la structure du pouvoir tels que définis par les forces politiques victorieuses au lendemain de la révolution. Le régime en place semble mettre son particularisme religieux au service de ses intérêts politiques.

Le particularisme islamique est évoqué d’une manière plus évasive face aux normes internationales des droits de l’homme mais dont la portée se révèle universelle. Pour donner une idée globale de l’effet du relativisme culturel sur l’application des droits de l’homme dans leur acceptation internationale, l’auteur suit une analyse progressive, commençant par l’examen du relativisme culturel tel qu’appliqué à la question des droits humains de point de vue anthropologique, philosophique, et enfin, plus longuement, de point de vue juridique. L’auteur décrit les engagements des États musulmans vis à vis des textes internationaux au niveau des droits de l’homme ainsi que leurs positions internationales quant aux droits de l’homme, notamment dans certains domaines spécifiques comme la protection des droits de la femme, la liberté religieuse, ainsi que l’interdiction de la torture.

L’application du droit international des droits de l’homme dans les pays musulmans exige une reconsidération des normes nationales internes inspirées de la Shari’a. Une nouvelle vision de cette dernière est ainsi requise. Le dernier chapitre de ce livre a pour thème les droits de l’homme et le modernisme islamique, dans lequel l’auteur présente les œuvres de deux auteurs musulmans, exemples de la pensée musulmane moderniste. Il s’agit de celui du Soudanais Abdullahi Ahmed An-Na’im et de l’iranien Mohamed Modjtahed Shabestari. Ces deux auteurs considèrent que l’adoption des droits de l’homme tels que reconnus par le droit international est nécessaire pour les sociétés musulmanes d’aujourd’hui et proposent une relecture des textes fondamentaux de l’Islam dans ce sens. Cependant, ils divergent sur les raisons, la méthode et les limites de cette relecture. Pour An- Na’im, les tentatives d’intégration des droits de l’homme dans les systèmes juridiques des pays à population musulmane n’auraient pas de chance de succès sans la disposition préalable d’une justification et d’un fondement proprement islamiques pour les droits. Shabestari, quant à lui, pense qu’il n’est pas nécessaire de fonder tous les droits de l’homme sur le Coran et la Sunna, il suffit qu’ils soient fondés sur la notion de justice comprise comme un véritable chemin de foi. L’idée de Shabestrai semble plus universaliste, prônant que la légitimité des droits de l’homme n’a pas à être fondée sur la religion. Ce chapitre apporte une richesse a la doctrine en examinant le rapport entre Islam et droits de l’homme, toutefois, l’auteur analyse ce discours moderniste, comme une réaction a l’émergence de l’islam politique. C’est ainsi que l’auteur préfère appeler cette tendance moderniste et non pas réformiste, allant même jusqu’à la définir comme post-islamiste. En faisant de la sorte, l’auteur ignore d’autres facteurs qui ont participé à l’existence d’une large doctrine qui cherche à mettre en valeur les aspects modernes de l’islam, depuis le xixe siècle.

Afin de mettre en lumière les points de convergences entre Islam et droits de l’homme, l’auteur choisit d’analyser sur trois registres principaux des droits de l’Homme significatifs du débat contradictoire que suscite ce rapport, à savoir les droits relatifs à la liberté de religion, les droits de la femme, droits des non- musulmans et l’interdiction de la torture. Au terme de son livre, l’auteur conclut que la solution serait d’une « révolution » qui établirait une distinction entre les domaines respectifs du droit et de la religion. Cette solution d’influence occidentale, aiderait-elle les États musulmans à s’engager réellement au respect des droits humains, piliers de tout système politique démocratique, d’autant plus que l’analyse développée dans ce livre reconnaît que le problème fondamental qui empêche tout système politique prétendant à une légitimité divine d’être démocratique et qui résiste à la garantie des droits de l’homme, est le fait que cette résistance n’émane pas de Dieu lui-même, mais des hommes qui se prononcent en son nom.

L’auteur donne une idée globale du sujet en s’appuyant sur une riche bibliographie de nombreux livres, d’articles, des lois iraniennes, des textes internationaux et de rapports de l’ONU, de la jurisprudence internationale dans les langues anglaises, perses et françaises. Au cours de son analyse, l’auteur s’est intéressé moins à établir un rapport entre les normes de la jurisprudence islamique fiqh et les normes des traités internationaux qu’au droit positif. Le recours à une version anglaise dans l’usage de certains textes, notamment pour la Constitution iranienne, nous semble peu justifié.

Avec l’objectif de mettre en lumière la place des droits de l’homme dans la perception islamique, ce livre a réussi à lever certaines appréhensions sur le rapport entre Islam et droits de l’homme et à exposer les enjeux qui entravent une meilleure compréhension de cette question. Il s’agit d’un travail académique pertinent qui vient enrichir la littérature en la matière. Il mérite sa dédicace à la mémoire d’une grande femme iranienne qui a donné sa vie à la liberté en Iran, Parvaneh Fourouhar1, assassinée en 1998 avec son mari Dariush Fourouhar, avec qui elle a chanté la vie et la liberté pour son pays : « Chantons la chanson de la vie sur le chemin de la liberté en Iran ».

 

Notes de bas de page :

1 Activiste pour la liberté d’expression et figure emblématique de l’opposition libérale en Iran qui a lutté avec son mari Darioush contre la dictature du Shah et pour les droits humains après la révolution. Les deux ont été assassinés en Iran en 1998.

Pour citer cet article :

Dina Melhem, «Amirmokri Vira, L’Islam et les droits de l’homme : L’Islamisme, le droit international et le modernisme islamique, Canada, Collection Diké, Les presses de l’Université Laval, 2004, 184 p.»,
Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée [En ligne],
N° 119-120 – Migrations Sud-Sud, novembre 2007.

Mis en ligne le : 27 juillet 2007
Disponible sur : http://remmm.revues.org/document3811.html.

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