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JAPON • Quelle diplomatie face à l’Islam et à la Chine?

L’Asie apparaît de plus en plus fragmentée, remarque l’éditorialiste de l’Asahi Shimbun. D’où la nécessité pour Tokyo de développer des politiques adaptées aux réalités spécifiques des différentes zones. Avec l’entrée en scène de l’euro, la cohésion de l’Europe semble être renforcée, alors que l’Asie paraît de plus en plus disloquée. Asie centrale, Asie du Sud, Asie du Sud-Est, Asie du Nord-Est… : chaque partie du continent est guidée, à l’image des têtes de l’hydre, par ses propres intérêts et sentiments. On peut ajouter à la liste l’Asie Mineure, l’Asie continentale, l’Eurasie, l’Asie Pacifique, sans oublier l' »Asie nucléaire », constituée par la Chine, la Russie, l’Inde et le Pakistan. L’Asie n’a jamais formé une unité, mais on a actuellement l’impression d’assister à un fractionnement accéléré. Et l’on peut prévoir que l' »Asie musulmane » et l' »Asie chinoise » vont poser de nouveaux défis à la diplomatie japonaise dans les années à venir.
Premier problème à affronter : la politisation de l’islam dans les sociétés musulmanes de la région. Au-delà de l’Asie centrale et du Pakistan, ce phénomène touche plusieurs pays du Sud-Est asiatique comme l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines, où une partie des communautés musulmanes s’est radicalisée, en déstabilisant les classes politiques.
La diplomatie japonaise en Asie avait jusqu’à présent fait abstraction de la question de l’islam. Aujourd’hui elle doit faire en sorte que les musulmans parviennent à une meilleure compréhension du Japon, et en même temps s’efforcer d’aider les pays islamiques à se moderniser et à se séculariser.
Sollicitant une aide du Japon pour mieux bâtir un système éducatif public de son pays, le député indonésien du Parti démocratique indonésien-Lutte [la formation de la présidente Megawati], Max Moein, m’expliquait : « Dans la région occidentale de l’île de Célèbes [en indonésien Sulawesi], il y a soixante écoles primaires pour un seul collège. Les enfants qui veulent poursuivre leurs études n’en ont pas la possibilité. » Dès lors, les écoles coraniques tendent à combler ce vide et, selon lui, on peut craindre qu’elles deviennent le foyer d’un islam politique réactionnaire.
Face à l’Asie musulmane, le Japon doit tout d’abord s’intéresser à l’islam et affûter sa sensibilité à son égard. Durant le dernier ramadan, l’ambassadeur du Japon en Indonésie, Yukio Takeuchi, a invité pour la première fois les dirigeants musulmans du pays dans sa résidence et leur a offert à dîner une fois le soleil couché. Après avoir fait leurs ablutions et prié, tous les invités ont pris place et dégusté les plats japonais. L’ambassadeur a présenté en vidéo la nouvelle mosquée de Tokyo, ouverte l’an dernier, et a expliqué les activités des musulmans du Japon. C’est un premier pas vers une diplomatie sensible à l’islam.
Du coté de l’Asie chinoise, il s’agit de prendre en compte le fulgurant essor de la Chine, qui est devenue une grande puissance économique, ainsi que l’influence économique qu’elle exerce sur l’Asie, en particulier sur l’Asie du Sud-Est. Cette dernière est envahie par un afflux de produits made in China, des chaussures aux équipements électroménagers en passant par les bicyclettes et les motos. Des produits à la fois bon marché et de bonne qualité. En outre, les investissements étrangers directs de cette région sont absorbés par les Chinois, ce qui risque d’entraîner un effondrement de l’industrie manufacturière du Sud-Est asiatique. « Pourquoi l’économie chinoise attire-t-elle à ce point les hommes et l’argent ? » s’interrogeait récemment le ministre des Finances indonésien Boediono. « Le sentiment de jalousie est né en Asie du Sud-Est, en même temps qu’un défaitisme est en train d’émerger devant l’impuissance à rivaliser avec la Chine. »
Pékin propose aujourd’hui un accord de libre-échange à l’ASEAN [Association des nations du Sud-Est asiatique*]. Cette dernière, tout en approuvant l’idée, a du mal à cacher son inquiétude. Car elle ne parvient pas à évaluer les véritables intentions de leur puissant voisin. L’objectif des Chinois ne serait-il pas de mettre en place un nouveau système d’échange sous leur contrôle ? L’administration Bush partage d’ailleurs ce scepticisme. « L’initiative d’un accord de libre-échange avec l’ASEAN devrait en principe venir de Tokyo », affirmait récemment un membre de la Maison-Blanche. « Le déclin de l’économie japonaise favorise l’expansion économique de la Chine en Asie. Une telle tendance risque d’affecter non seulement le Japon, mais aussi les intérêts stratégiques des Etats-Unis dans la région. »
Parallèlement, des responsables du Sud-Est asiatique ont commencé à s’interroger sur le « sens stratégique » des prêts octroyés par l’archipel à la Chine. Un membre du ministère de l’Economie de l’ancien gouvernement Wahid [en Indonésie], que j’ai rencontré récemment à Jakarta, me déclarait : « Il n’est plus approprié de continuer à accorder les aides à Pékin comme avant, alors que la réserve en devises de ce pays a atteint un haut niveau. » Il manifestait son espoir de voir ces prêts réduits au profit des pays d’Asie du Sud-Est. Ces préoccupations trouvent d’ailleurs un écho auprès de certains membres du gouvernement Bush, comme l’affirmait un haut fonctionnaire de la Maison-Blanche : « Les crédits japonais accordés à la Chine sont anachroniques. » De nouveaux facteurs géopolitiques se multiplient aujourd’hui dans cette mosaïque qu’est l’Asie.

Courrier International, 19/07/2007

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