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Egypte / frères Musulmans: L’ancienne garde se maintient

Alahram_1.jpgL’élection de cinq nouveaux membres au bureau du guide soulève un certain nombre d’interrogations. Deux de ces nouveaux membres dans la plus haute instance dirigeante des Frères musulmans sont connus de l’opinion publique, comme le député Saad Al-Katetni, président du bloc des Frères musulmans au Parlement, et le député Saad Al-Husseini. Alors que les trois autres sont totalement inconnus. Il s’agit d’Ossama Nasr d’Alexandrie, Mohie Hamed de Charqiya et Mohamad Abdel-Rahmane de Daqahliya. L’élection de ces membres a soulevé de nombreuses réactions à l’intérieur et à l’extérieur de la confrérie. En effet, on remarque que la nouvelle composition du bureau du guide ne comprend pas l’un des membres réformistes éminents de la confrérie, à savoir Essam Al-Eriane qui est une figure connue de l’élite égyptienne et qui possède une présence médiatique influente. La transparence de ces élections a soulevé des interrogations. En effet, les cinq nouveaux membres ont été choisis parmi les membres du Conseil consultatif de la confrérie qui compte environ 100 membres. Ils ont été choisis grâce à des pressions exercées notamment par Mahmoud Ezzat, l’une des figures les plus conservatrices. Le choix de ces cinq membres montre que la tendance conservatrice au sein des Frères musulmans est toujours dominante, surtout après l’arrestation de Khaïrat Al-Chater (condamné à la prison) et la marginalisation du rôle de Abdel-Moneim Aboul-Fotouh, deux figures réformatrices.

Un nouveau critère a déterminé le choix des nouveaux dirigeants. Il s’agit de leur influence populaire et politique à l’extérieur de la confrérie et dans la rue en raison de leur statut de députés. Ceci s’applique à Katetni et Husseini. Ainsi, s’ils n’avaient pas été députés, ils ne seraient pas devenus membres du bureau du guide. En d’autres termes, ils ont été choisis par la direction conservatrice de la confrérie parce que ce sont des figures connues et des personnalités publiques.

Deux tendances s’expriment actuellement au sein de la confrérie. Il y a d’une part l’aile conservatrice, majoritaire, et une minorité réformatrice. Cette majorité conservatrice se divise en deux ailes. La première est représentée par les dirigeants qui ont grandi au sein de la confrérie, qui ont acquis leur expérience dans ses coulisses et ses chambres closes, et qui ont adopté ses valeurs religieuses intransigeantes. Cependant, ils ignorent tout de ce qui se passe dans le monde extérieur et sont incapables de parler d’un quelconque sujet politique. Ils se réfèrent sans cesse à des questions d’ordre général, loin de la réalité. Quand ils réclament la démocratie, ils disent que la choura (la consultation) et la succession islamique sont la solution. De plus, ils ne disposent pas de structures politiques : ni dans les universités, ni au Parlement, ni au sein des syndicats professionnels. Ils ne possèdent pas non plus de structures financières semblables à celle de Khaïrat Al-Chater qui dirige un véritable empire financier. Ce sont uniquement les gardiens de l’unité de la confrérie et de la doctrine.

Quant à la seconde aile conservatrice, elle est représentée par les cinq nouveaux membres du bureau du guide. Les membres de cette tendance possèdent en majorité une expérience politique, sociale, financière et syndicale à l’extérieur de la confrérie.

Cette tendance du courant conservateur est plus ouverte. Elle peut constituer le noyau d’un futur courant réformateur en cas de changement de la conjoncture politique en Egypte et dans l’hypothèse d’une intégration des Frères dans la vie politique, conformément aux règles de la Constitution et des lois civiles.

Quant au courant réformateur dirigé par Abdel-Moneim Aboul-Fotouh, il représente 20 % de la force des Frères musulmans. Il regroupe quelques membres du Conseil consultatif de la confrérie ainsi que quelques jeunes symboles. Il est probable que ce courant continue à être minoritaire au sein de la confrérie, car il ne possède pas de véritables motifs qui peuvent l’inciter à engager une grande bataille pour la réforme de la confrérie ou pour faire dissidence et fonder un parti politique, car ce parti ne sera jamais autorisé.

Dans ce contexte, une question s’impose : Comment les Frères musulmans ont-ils été en mesure de préserver leur cohérence ? Comment la confrérie a conservé sa structure interne avec l’ancienne garde, la nouvelle, la génération des jeunes et celle des vieux, les conservateurs et les réformistes ? Comment ont-ils réussi à organiser des élections internes qui ont soulevé l’indignation de certains et les réserves des autres ?

Depuis le retour des Frères musulmans sur la scène politique au début des années 1970, la confrérie s’est engagée dans un travail public en tant qu’un des plus grands groupes politiques d’Egypte. Et ceci malgré le fait qu’elle ait connu certaines dissidences qui n’ont cependant pas mené à sa division de manière à menacer sa capacité d’action.

Les raisons de cette coexistence des générations au sein des Frères musulmans sont nombreuses. L’une des plus évidentes est l’expérience acquise par les Frères au niveau de l’organisation et du travail politique tout au long de leur histoire qui s’étend sur 80 ans. Pendant cette période, l’action des Frères a été guidée par des duos qui englobaient dans certains cas une chose et son contraire. Il est vrai que la nature de ces duos changeait radicalement d’une époque à l’autre. En effet, au début des années 1970, les Frères ont opéré une rupture intellectuelle et politique avec l’héritage de la violence des années 1940 et 50. Mais ils ont conservé cet avantage historique qui consiste à posséder un mouvement structuré à différents niveaux et une capacité plus grande que les autres mouvements d’assimiler des idées variées, ce qui se reflète dans les différentes ailes et expériences dans les rangs de la confrérie.

Une autre raison se rapporte à la capacité de la confrérie à « lire » la réalité politique actuelle. En effet, la génération médiane, notamment son aile réformiste plus libérale que l’ancienne génération, sait très bien que ses propositions politiques n’ont aucun avenir en dehors de la confrérie. Il n’y a aucune chance qu’un parti politique pour les jeunes Frères musulmans ou les plus vieux soit créé. De plus, les partis politiques légitimes souffrent d’un effondrement interne et d’isolement quasi total. Par conséquent, rester à l’intérieur de la confrérie et préserver son unité ne revient pas seulement à une conviction interne, mais à une conscience de la nature des conjonctures politiques externes qui se caractérisent par le gel.

Partant, il n’est pas étonnant que les Frères musulmans organisent de temps à autre des élections internes qui mènent à la victoire d’éléments conservateurs et non à la dissidence des éléments réformistes.

Amr El-Shobaki, Al Ahram Hebdo, 11/06/2007

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