lundi , 25 septembre 2017
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Au Pakistan, l’islam radical se mobilise contre l’offensive dans la vallée de Swat

Swat_1.jpg(Le Monde)- L’armée pakistanaise espérait limiter à « quelques jours » son offensive contre les talibans de la vallée de Swat qui défiaient son autorité au nord du Pakistan ; elle s’apprête à entrer dans sa troisième semaine. La résistance des insurgés islamistes est forte, et les réfugiés civils continuent de quitter les zones de combats pour s’installer au sud de la vallée, vers Peshawar. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), à Islamabad, « 670 000 personnes » ont pris le chemin de l’exode.

D’après les correspondants de la BBC dans les zones occupées par les insurgés, le gouvernement ne contrôle qu’un tiers du territoire, ce que ce dernier a démenti. Le premier ministre Youssouf Raza Gilani s’est défendu, lundi, devant le Parlement, de « conduire le Pakistan » dans une opération qui s’éterniserait, et a assuré que « l’option militaire ne pouvait être permanente ».

La fronde semble néanmoins grandir à mesure que les combats se prolongent, surtout au sein de la mouvance religieuse radicale. L’un des partenaires de M. Gilani au sein de la coalition gouvernementale, le parti religieux Jamiat Ulema-e-Islam dirigé par le maulana (« notre maître ») Fazlur Rehman (JUI-F), a dénoncé l’offensive.

Le 6 mai, l’un des fils du maulana Sufi Mohammed a été tué dans l’opération. C’est ce religieux qui avait fait signer, le 16 février, au gouvernement provincial du nord-ouest et aux talibans, les accords dits de Malakand, qui devaient mettre fin à la terreur imposée par les talibans. En échange, le gouvernement devait instaurer la charia (loi islamique) dans le Swat. Faute d’entente, les combattants islamistes avaient pris pied dans les districts de Lower Dir et Buner, suscitant, en réaction, l’offensive de l’armée.

AIDES AUX RÉFUGIÉS

Par ailleurs, le long de la route de l’exode, des organisations humanitaires islamistes se mobilisent. Aux côtés des villageois, leurs partisans se portent à la hauteur des véhicules chargés de réfugiés et distribuent eau, pain et bonne parole. On aperçoit des membres de l’association Al-Rashid Trust, basée au Pakistan et en Afghanistan, réputée proche d’organisations djihadistes. Selon un diplomate occidental, en poste à Islamabad, le Jamaat-ud-Dawa, formation islamiste pakistanaise accusée d’être liée aux attaques de Bombay de novembre 2008, serait également présent.

A quelques kilomètres de Peshawar, à Akora Khattak, des chefs religieux des zones tribales, sous contrôle taliban, et de la province du nord-ouest se sont retrouvés, le 13 mai, autour du maulana Youssef Sha, codirecteur avec le maulana Sami Ul-Haq de la madrasa Al-Haqqania, école religieuse de renommée internationale et lieu fondateur du mouvement taliban. « Il s’agit de venir en aide aux réfugiés, explique Youssef Sha, mais vous n’imaginez pas la haine qui existe ici contre les Américains, dont le gouvernement pakistanais ne fait que servir les intérêts à Swat. »

Dans les salles voisines, 3 000 étudiants, répartis dans un grand complexe de classes et de logements, centrés autour d’une petite mosquée, écoutent en silence les sermons des professeurs. Plus loin perce le murmure de voix d’enfants apprenant par coeur le Coran. A la sortie d’un cours, un des élèves, Amjed, 28 ans, parle de son rêve « d’une révolution islamique au Pakistan et pour le reste de l’humanité ». « Il y a beaucoup de colère contre le gouvernement chez les étudiants », concède son professeur d’informatique, avant de préciser, de lui-même, « nous n’enseignons pas le djihad, mais c’est une partie de l’islam, alors chaque étudiant peut faire ce choix ».

Pour le maulana Youssef Sha, il y a deux types de talibans : « Ceux qui étudient et ceux qui se battent. Chez ces derniers, si à l’époque du mollah Omar, on ne décapitait pas, alors que Baitullah Mehsud (leader des talibans pakistanais) le fait, leur but reste le même : rejeter l’agression extérieure. » Oussama Ben Laden reste, enfin, très respecté chez les étudiants. « Pour nous, dit Amjed, c’est un musulman, et il est souvent venu ici, mais nous l’avons moins aidé que les Américains quand il fallait se battre contre les communistes. »

Autre grand lieu de l’islam radical pakistanais, la Mosquée rouge se trouve à 150 kilomètres de là, au coeur même d’Islamabad, entourée d’ambassades et de bâtiments de l’armée. Elle garde encore les stigmates de l’assaut ordonné à l’armée, le 12 juillet 2007, par le président pakistanais Pervez Musharraf, pour y déloger les fidèles qui s’y étaient retranchés avec leurs chefs, dont le maulana Abdul Aziz.

« PRÉPARER LA RÉVOLUTION »

« Les événements de Swat, les attentats-suicides que connaît le pays depuis deux ans ainsi que le départ de Musharraf en 2008, sont la conséquence de l’assaut contre la mosquée », assure le maulana Aamir, numéro deux de la mosquée et neveu du maulana Abdul Aziz. Lors de son prêche, le 17 avril, son oncle, libéré la veille après vingt mois de détention, avait appelé, devant 10 000 personnes, « à accélérer la préparation de la révolution islamique dans le pays, y compris en donnant son sang ».

Interrogé sur la place d’Al-Qaida dans cette révolution islamique au Pakistan, le maulana Aamir répond : « Nous ne voulons pas créer de division chez nos fidèles en nous prononçant contre Al-Qaida, nous donnerons notre avis quand cette révolution sera accomplie. » Face à l’islam radical, le gouvernement peut compter sur le soutien de chefs religieux modérés. « L’armée doit éliminer les talibans, sinon ils vont s’emparer du Pakistan », a déclaré mercredi le mufti Sarfraz Naeemi, haut dignitaire de la branche modérée Barelvi.

Jacques Follorou, Le Monde 15/05/09

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