dimanche , 9 décembre 2018
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Nigeria: le nord musulman sur la sellette et sous surveillance

LAGOS (AFP) -Le Nigeria est connu internationalement pour sa corruption, ses élections frauduleuses, ses coups d’état militaires, mais rejette avec la dernière énergie l’image d’un foyer islamiste qui représenterait une menace internationale. Malgré tout, l’inquiétude est réelle.

La tentative menée par un jeune nigérian, Umar Farouk Abdulmutallab, de faire sauter un avion américain a « sonné » ce pays de 150 millions d’habitants, moitié musulman et moitié chrétien, dont la vie est ponctuée depuis des décennies par des éruptions de violences ethnico-religieuses.

Très majoritairement musulman, le nord fait de plus en plus l’objet d’une étroite surveillance tant des autorités fédérales que des services de renseignements étrangers. D’autant plus qu’il existe une facile « capillarité extrémiste » avec le Niger et le Mali voisins, terrain d’action d’Al Qaïda au Maghreb islamique.

« S’il y a bien une chose pour laquelle nous, Nigérians, ne sommes pas connus à l’étranger, c’est le terrorisme. Nous avons plusieurs autres problèmes certes, mais définitivement pas celui-là. Nous détestons ça », a martelé la ministre de l’information et porte-parole du gouvernement Dora Akunyili.

« Nous sommes des amoureux de la vie, on n’a pas cet esprit kamikaze des fous de Dieu qui se font sauter », juge pour sa part un responsable nigérian, chrétien du sud, sous couvert de l’anonymat.

Et d’ajouter: « ce jeune, tout ce qu’il a appris et l’a fait basculer dans l’extrémisme, il l’a appris à l’étranger, pas ici ».

L’argument selon lequel Abdulmutallab se serait radicalisé à Londres, Dubai et au Yemen tient certes la route, mais il demeure que, selon des spécialistes, le « terreau islamiste » est très fertile au nord Nigeria, sur fond de pauvreté endémique, et où 12 états ont réintroduit la loi islamique, la charia, en 2000.

Le centre de recherche Eurasia group basé à New York estime que le « volet africain » de l’attentat de Detroit reste « limité » en dépit de la nationalité de l’auteur. Cependant, selon lui, « les Etats-Unis et l’Europe surveillent de très près l’Afrique sub-saharienne comme potentiel terrain de recrutement pour Al Qaïda », et vont encore redoubler leur vigilance. Des arguments plaident pour cette approche.

Deux ans après l’appel lancé en 2000 par Oussama ben Laden aux musulmans nigérians à se soulever, naissait le mouvement Boko Haram, une secte dont le nom en langue haoussa signifie « l’éducation occidentale est un péché ».

Selon des sources informées, le chef de cette secte d’obédience salafiste radicale aurait rencontré Ben Laden du temps où ce dernier se trouvait au Soudan. En 2002 il aurait reçu 150 millions de dollars pour former une « cellule Al Qaïda » au Nigeria.

« Il y a des terroristes au Nigeria, des camps d’Al Qaïda, on l’a dit au gouvernement », affirme à l’AFP le secrétaire général de l’association des chrétiens du nord (CAN), le révérend Saidu Dogo.

Abattu par les forces de l’ordre en juillet dernier après cinq jours de combats dans le nord du pays à Maiduguri (au moins 800 morts), le chef des « talibans » (surnom évocateur de la secte Boko Haram) Mohamed Yusuf avait étudié la théologie à Médine (Arabie saoudite) et voulait imposer un « Etat islamiste pur ».

Selon un spécialiste, le groupe s’est choisi un nouveau chef, se restructure dans la clandestinité et disposerait toujours de fonds importants.

Depuis ces affrontements, les autorités fédérales nigérianes sont prêtes à écraser toute insurrection avec les grands moyens, comme lundi dernier dans la ville de Bauchi (nord-est): 70 morts en quelques heures.

La question est de savoir si, de « terrain de recrutement » potentiel d’Al Qaïda, le nord du Nigeria pourrait se transformer à terme en « exportateur » de terroristes.

Mais, selon un spécialiste, la meurtrière guerre civile du Biafra (1967 à 1970, 1 million de morts) a pu paradoxalement « vacciner » le pays contre les horreurs du fanatisme et aujourd’hui chrétiens comme musulmans se définissent avant tout comme Nigérians, même sur fond de méfiance.

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