samedi , 23 juin 2018
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Egypte : « SOS fatwa » résout vos problèmes moraux

Dans le climat de confusion et de polémique qui entoure l’islam depuis les attentats de New York, le cheikh Khalid Gendy croit avoir trouvé le moyen idéal de faire passer le message de paix du Prophète. De quoi mettre les choses au clair tout en faisant de coquets bénéfices. Utilisant une technologie encore peu répandue au Moyen-Orient, le cheikh Khalid et son associé proposent un service téléphonique payant destiné à conseiller les fidèles. Ils affirment recevoir jusqu’à 20 000 appels par jour. Pour environ 0,21 euro la minute, les appelants peuvent obtenir un conseil auprès de quelque quinze éminents spécialistes de l’islam. « Peut-être nous, qui pratiquons l’islam, avons-nous contribué à ternir la réputation de notre religion », explique Cherif Abdel-Meguid, l’associé du cheikh dans Islamic Line. « La ‘mauvaise pratique’ de certains donne de l’islam une mauvaise image. Ce n’est pas l’islam qui est en cause, c’est peut-être nous qui nous sommes trompés. »

Pour l’heure, cette volonté de réhabiliter l’islam a dû céder le pas aux préoccupations quotidiennes des fidèles. Cette ligne téléphonique est devenue une sorte de confessionnal islamique, un lieu anonyme où les gênés et les contrits peuvent obtenir des réponses à leurs questions et se voir remettre leurs péchés. 8 h 08 : « Je voudrais savoir si Dieu ou le Prophète ont dit que je devais avoir le visage couvert ou non. Deuxième chose, quelle est la base du mariage dans l’islam : est-ce que c’est le sexe ou beaucoup plus que le sexe ? »

9 h 31 : « J’ai eu des relations sexuelles avec mon mari pendant le ramadan avant le coucher du soleil [ce qui est interdit]. Alors, je vous demande conseil. »

9 h 35 : « J’ai menti en jurant devant Dieu. Que puis-je faire ? Je sais que c’était une grave erreur. »

Les musulmans qui veulent un avis sur une question religieuse – une fatwa – pour les guider dans leur comportement doivent s’adresser à un imam. Jusqu’à présent, cela supposait une rencontre en face à face dans une mosquée ou bien une conversation directe au téléphone.

Grâce à la technologie qui est maintenant disponible, il leur suffit désormais de s’adresser à une messagerie pour poser leur problème ; la messagerie leur communique ensuite un code confidentiel qu’ils utiliseront vingt quatre heures plus tard pour écouter la réponse donnée à leur question.

D’entrée de jeu, Abdel-Meguid et le cheik sont tombés d’accord sur le fait que seuls des spécialistes en religion de l’université Al Azhar seraient autorisés à conseiller le client. Ils espéraient créer une synergie entre une technologie nouvelle et le prestige attaché à ce centre d’enseignement islamique destiné aux musulmans sunnites.

Les fondateurs sont les premiers surpris par la nature des appels. Selon le cheikh Khalid, 70 % des personnes qui appellent sont des femmes et 4 questions sur 5 ont trait à la sexualité.

Abdel-Meguid s’étonne de l’énorme intérêt suscité par l’allaitement au sein. Bien que les musulmans soient autorisés à épouser leurs cousins germains, un homme et une femme élevés au sein par la même femme ne peuvent pas se marier.

Globalement, le service connaît un succès tel qu’il a déjà essaimé en Jordanie, au Yémen et dans les Territoires palestiniens. Il est déjà prévu de mettre en place le système au Koweït. Les deux associés négocient également l’ouverture de lignes au Canada et aux Etats-Unis, ce qui permettrait aux Américains, en composant un numéro local, d’être connectés au service cairote. Mais les associés se heurtent à une certaine réticence de la part des entreprises américaines au lendemain des attentats du 11 septembre.

« Nous voulons exporter un islam modéré, assure Abdel-Meguid. Voilà une exportation non traditionnelle. S’il existait une telle offre, cela permettrait de clarifier l’islam tant pour les musulmans que pour les non-musulmans. »

Quoique très en vogue en Egypte, ce service n’est pas exempt de critiques. Certains y voient un moyen honteux de gagner de l’argent.

« Prononcer une fatwa, cela fait partie des devoirs d’un spécialiste de l’islam, au même titre que la prière et le jeûne, et il est inacceptable de gagner de l’argent avec les fatwas », estime Yehia Ismail, professeur de sciences religieuses à Al Azhar. « Si le spécialiste a monnayé la fatwa, cela fait de lui un pécheur. »

Toutefois, les associés ne facturent pas l’avis religieux, mais l’utilisation de la technologie et le temps que les spécialistes consacrent au service. Le cheikh Khalid voit dans cette entreprise non pas un péché, mais un service public.

Pour la modique somme de 1 ou 2 euros, le service conseillait en ces termes la semaine dernière les personnes ayant appelé le matin :

8 h 08 : « La femme n’a pas à se voiler le visage, et il faut se marier à des fins de sécurité, d’amour et de salut. »

9 h 31 : « Pendant une journée, la femme et son mari auraient dû jeûner et pratiquer l’abstinence. »

9 h 35 : « Priez Dieu en invoquantson pardon, reconnaissez avoir menti et remédiez à tous les dommages qu’aura pu entraîner ce mensonge. »

« Si vous voulez aller au Ciel, 5 ou 10 livres [égyptiennes], ce n’est pas très cher payé, commente le cheikh. Nos clients demandent des conseils pour être remis dans le droit chemin. Nous les amenons à choisir le bien.« 

Courrier International (10/09/2007) Articele de Los Angelos Times

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