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Avec « S.O.S. », Diam’s oscille entre confessions intimes et pamphlet

diams.jpg(Le Monde)- Depuis ses débuts, en 1999, Diam’s (de son vrai nom Mélanie Georgiades) a construit son immense succès en mêlant revendications sociales et histoire intime. Si, comme la rébellion, l’« ego trip » – cet art de se faire mousser avec des rimes – est l’une des raisons d’être du rap, la première star féminine du hip-hop français s’est d’abord livrée en exposant ses fêlures, assorties de coups de poing, d’humour, d’analyses aiguës sur sa « France à elle ».

Jamais, pourtant, cette Française d’origine chypriote n’avait été aussi loin dans l’autoanalyse qu’avec S.O.S., quatrième album dont la sortie se fait sur fond de polémiques à propos de sa pratique de l’Islam et de son refus de parler aux journalistes.

Fruit d’une dépression survenue après le triomphe de l’album Dans ma bulle (plus d’un million d’exemplaires vendus), ce disque est à la fois une bouteille jetée à la mer, le décryptage d’une chute et d’une rédemption.

Mélanie ouvre l’album, en mettant en scène une jeune fille étouffée par son double. Un saisissant contraste de voix illustre la schizophrénie de l’artiste tiraillée entre les angoisses de la trop sensible Mélanie Georgiades et la rage bravache de Diam’s, son porte-parole générationnel.

Cause humanitaire

Le besoin de tout mettre à plat, de dire toute la chronologie de son parcours, tous les doutes et les nouvelles certitudes enfante deux morceaux de dix minutes, dont I Am Somebody, tour de force autobiographique à coeur ouvert.

De la même façon qu’elle culpabilise de posséder « la même Rolex que Nicolas » et choisit désormais la cause humanitaire (Les Enfants du désert), on sent que la chanteuse s’en voudrait de rechercher ici le hit à tout prix. La plupart du temps, cordes, piano et guitare sèche dominent, au risque de surligner lourdement la tension dramatique des thèmes abordés. C’est particulièrement vrai quand Diam’s parlent de ses peines de coeur (S.O.S., Coeur de bombe, Dans le noir). La sincérité n’empêche pas le conformisme de la vision amoureuse et des rapports hommes-femmes, comme le romantisme larmoyant de son accompagnement musical.

Plus que du hip-hop avant-gardiste d’une Missy Elliot, Diam’s se rapproche d’une tradition de la chanson française. Elle le revendique avec malice : « La variét’ j’lui vole ses airs/Et alors qu’est-ce qu’elle va faire ? » Si elle est la petite soeur de NTM, la rappeuse est aussi fille de Charles Aznavour, Francis Cabrel, Daniel Balavoine ou Renaud.

Comme souvent, c’est quand Diam’s capte l’air du temps et observe la France que sa verve produit le plus d’étincelles. Sur une boucle de guitare folk, L’Honneur d’un peuple est un morceau de bravoure. Avec ses clichés (« A gauche, à droite, ils veulent tous se ressembler/D’façon, ils veulent le beurre et l’argent du peuple ») en guise de réponses à d’autres clichés, ceux des politiques sur la jeunesse des banlieues. Mais avec aussi mille traits tranchants et pertinents sur les inégalités et les crises d’identité de la société française : « Se prennent pour qui à vouloir faire la morale/Et nous faire croire que ce pays c’est des p’tits blonds dans une chorale ».

Convertie à l’Islam au début des années 2000, la rappeuse suscitera le débat avec Lili, qui plaide pour l’autorisation du port du voile à l’école, allant jusqu’à en faire un symbole d’amour et de tolérance. D’une énergie toujours tumultueuse malgré sa quête de sérénité, Mélanie-Diam’s se livre dans sa complexité et ses contradictions.

Source: Le Monde: 18/11/2009

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