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Inde: Adoption sans frontières… culturelles

OrphelinsL’absence d’un droit civil unifome empêche musulmans, parsis ou juifs d’adopter librement. Il faut donc corriger cette discrimination estime le Times of India.

En Inde, l’adoption est un sujet sensible. Elle se heurte à des formalités juridiques inutilement longues et compliquées, décourageant tous ceux qui voudraient offrir un nouveau foyer à des orphelins. Mais le plus problématique est qu’il n’existe pas de législation commune à tous les citoyens de ce pays. L’adoption est régie par les statuts personnels en vigueur dans chaque communauté [et qui sont donc différents selon chacune d’elles]. Si le droit hindou prévoit l’adoption, ce n’est pas le cas pour les musulmans, les chrétiens, les parsis et les juifs, privés du droit de devenir parents adoptifs. Ces derniers ne peuvent, par exemple, que devenir tuteurs légaux des enfants. Et cette situation est une anomalie dans un pays dont la Constitution affirme le sécularisme.

C’est pourquoi on ne peut que se féliciter qu’en vertu de la loi Juvenile Justice (Care and Protection of Children) Act de 2000, sur la prise en charge et la protection des enfants, un juge de Delhi ait autorisé un couple musulman à adopter une petite fille. Bien qu’encore méconnue, cette législation ouvre des perspectives radicalement nouvelles. Elle permet aux couples non hindous d’adopter, alors qu’en tant que simples tuteurs, les époux ont des difficultés à transmettre leur patrimoine, l’enfant ne bénéficiant pas automatiquement de droits en matière d’héritage.

Il y a dans notre pays des centaines de milliers d’enfants qui attendent de trouver des parents. Il nous faut une loi uniforme pour régir le processus d’adoption, une loi qui s’applique à tous les citoyens quelle que soit leur confession. Certes, ce type d’évolution aura à surmonter des résistances considérables, notamment de la part d’organismes tels que le All India Muslim Personal Law Board [qui défend le statut personnel auquel obéissent les Indiens musulmans]. Au nom de la liberté des minorités, cette organisation s’est toujours opposée à toute législation progressiste [et partant, uniforme] sur les droits des femmes et des enfants.

Le All India Muslim Personal Law Board aurait protesté devant le gouvernement contre le Juvenile Justice Act. Asaduddin Owaisi, parlementaire et membre du All India Majlis-e-Ittehadul Muslimeen [parti politique musulman], a même invoqué la charia et rappelé que le Coran ne permettait pas aux musulmans d’adopter [ce qui n’est pas exact, NDLR]. Ces religieux et autres gardiens autoproclamés de la tradition islamique devraient plutôt se rendre compte qu’une législation commune ne nie aucunement les droits d’une communauté, bien au contraire. Et cette affirmation est vraie pour toutes les minorités. La liberté et les droits individuels sont les piliers de l’identité laïque [de l’Inde]. C’est donc un héritage auquel a droit tout citoyen, quelles que soient sa religion et sa place dans la société. Plaider contre une législation commune, c’est défendre la discrimination.

Courrier international (16/11/2007)

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