vendredi , 22 septembre 2017
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Prières de rue : la sagesse de l’Islam de France

En acceptant de se réunir dans une caserne du XVIIIe arrondissement de Paris sans faire de vagues, les musulmans ont montré leur volonté d’apaisement. Ils sont pourtant frappés d’injustice.

Ainsi les musulmans du XVIIIe arrondissement ne prieront plus dans la rue. Le gouvernement a bien fait de négocier souplement mais fermement la fin de ces rassemblements, en échange de l’ouverture aux fidèles d’un bâtiment suffisamment grand pour les accueillir. En vertu de sa conception ouverte de la laïcité, la République a sagement négocié en faisant fond sur la modération des représentants du culte musulman. L’arrangement conclu dans le nord de Paris montre la voie d’autres compromis, par exemple à Marseille ou à Nice. Ils mettront fin à une situation à la fois indigne pour les croyants et qui faisait le lit de la propagande xénophobe.

Cette conclusion raisonnable permet de tirer trois leçons simples :

– Contrairement à ce que laissaient entendre les plus énervés des procureurs, Caroline Fourest à gauche par exemple, mais surtout, de l’autre côté du spectre, des groupes extrêmes comme « Riposte Laïque », c’est bien faute de place que la masse des musulmans de ce quartier s’étaient résignée à prier dans la rue une heure par semaine. Une fois le local du boulevard Ney rendu disponible, la petite minorité salafiste qui voulait protester contre cette solution de bon sens n’a pas pesé bien lourd. L’habileté et le sens politique de Dalil Boubaker, le recteur de la mosquée de Paris, ont fait le reste. Les musulmans du XVIIIème ont accepté de se réunir dans une caserne sinistre au décor improvisé à la hâte, ce qui démontre leur volonté d’apaisement, alors même qu’ils exerçaient, en tout état de cause, leur liberté de culte de la manière la plus pacifique qui soit.

–  La polémique sur ces prières de rue est ainsi rendue à sa juste proportion. La République, on doit bien le constater aujourd’hui, n’était pas menacée par ces rituels en plein air, qui ne sont guère différents, si l’on y réfléchit avec un peu de sérénité, des processions catholiques qui ont lieu régulièrement dans plusieurs villes de France. Aucune « occupation » dans ces prières sur la voie publique. La religion, en France, a pignon sur rue, elle n’est pas obligée de pratiquer la clandestinité, dès lors que les règles de circulation et de bon usage de l’espace commun sont respectées. Les prières de rue ne gênaient pas grand monde. Mais il vaut mieux que ces offices se déroulent dans des lieux adéquats : voilà toute l’affaire, qu’on avait exagérément gonflée à des fins de propagande d’apparence laïciste mais, en fait, islamophobe.

–  Cette issue heureuse met en lumière l’injustice qui frappe l’Islam de France. Contrairement aux catholiques, aux juifs ou aux protestants, les musulmans souffrent du manque de lieux de culte qui soient à la fois dignes et en nombre suffisant. La loi de 1905 n’est pas le seul obstacle – contournable – à la construction de mosquées. L’intolérance d’une partie de l’opinion à l’Islam, serait-il parfaitement pacifique, comme dans l’immense majorité des cas, explique la misère dans laquelle s’exerce cette religion du Livre. La pression du Front national, l’obsession de « l’identité française », manipulée par l’extrême-droite et une partie de la droite, sont des obstacles permanents à l’intégration harmonieuse de l’Islam à la République, qui est pourtant le seul avenir possible pour éviter ce « communautarisme » qu’on prétend par ailleurs combattre.

Laurent Joffrin – Le Nouvel Observateur (17/09/2011)

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