mercredi , 17 janvier 2018
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Mustapha El Akkad (Irak) a été tué alors qu’il préparait un grand film sur Saladin

Mustapha AkkadLe film revient pour la première fois sur le parcours du réalisateur arabe qui a osé faire un film sur l’islam, Errissala (le message), détrônant au passage l’épique les Dix Commandements.

Qui est derrière l’assassinat de Mustapha Akkad ? La question est restée sans réponse à l’issue de la vision du documentaire Errissala (le message), diffusé au début de l’année 2008 sur la chaîne documentaire Al Jazeera. Ce documentaire de 70 mn de très grande qualité a été réalisé par Mohamed Belhadj, un réalisateur marocain, qui est en même temps directeur de la production à Al Jazeera documentaire.
Ce dernier revient pour la première fois sur le parcours du réalisateur arabe qui a osé faire un film sur l’islam (Errissala), détrônant au passage l’épique les Dix Commandements.
Le réalisateur, qui traverse toute la vie de ce réalisateur inclassable à travers les interviews de ses proches, a préféré garder le cachet documentaire de mémoire et n’a pas voulu aborder les circonstances douteuses de la mort de Mustapha Akkad et de sa fille dans les attentats d’Amman pendant qu’ils assistaient à une célébration de mariage au Radisson SAS. Sa fille, Rima Akkad, 34 ans, est morte sur le coup, alors que Mustapha El Akkad, qui a été touché au cou, a succombé à ses blessures dans un hôpital d’Amman.
L’auteur du film sur l’épopée de l’islam est mort avant d’achever le tournage de l’une des gigantesques œuvres cinématographiques sur les croisades de Saladin. Un ultime film qui relancerait l’image de l’islam dans le monde, d’où la question : pourquoi a-t-on visé un symbole de la réussite arabe en Occident ?
À travers un style éloquent, un traitement soigné du texte et une forte esthétique de l’image, le documentaire d’Al Jazeera est une merveille. Il commence par évoquer la jeunesse de Mustapha Akkad, né à Alep, ville de la poésie et du cinéma au pays d’El Cham. “En partant étudier aux États-Unis, mon père m’a donné dans une main 200 dollars et dans l’autre le Coran”, se rappelait le jeune Mustapha en quittant son pays pour faire des études de cinéma à la célèbre université Ucla de Los Angeles, là où ont étudié Spielberg, Lucas, Coppola et De Palma. Après avoir terminé ses études, Mustapha Akkad, qui avait énormément d’admiration pour le président égyptien Nacer, avait refusé, malgré les insistances de quelques-uns des ses amis américains, d’être comédien ou de faire des films qui ne représentaient pas sa culture d’Arabe et de musulman dans un environnement cinématographique américain dominé par le lobby juif. Il fait la rencontre de Sam Peckinpah qui devient son mentor et l’aide à trouver un emploi de producteur à CBS. C’est comme cela qu’il s’est trouvé à produire des films d’horreur. Il est surtout connu pour avoir produit la série Halloween dans les années 1970. Mais le projet qui lui tenait à cœur demeurait un film qui raconterait l’épopée de l’islam. Depuis son bureau de sa compagnie Filmco à Beyrouth, il a réussi à faire un montage financier avec les contributions des Marocains, des Koweïtiens et des Libyens. Avant de commencer le tournage prévu au Maroc, Mustapha Akkad souhaitait valider le scénario par les hautes autorités religieuses et un certain nombre de disciples d’Al-Azhar, dont cheikh Muhammad Mutwalli Al-Sharawy. Curieusement, et au grand étonnement du réalisateur, ce sont les gardiens des lieux saints de l’islam, les Saoudiens, qui ont refusé le film, prétextant que l’image et la musique étaient interdites en islam. Ce refus a provoqué le retrait des subventions koweïtiennes qui étaient très importantes. C’est le roi Hassan II, commandeur des croyants et descendant de la famille du Prophète, qui s’est dit disposé à prendre en charge la production du film d’Akkad, à la seule condition que cela ne soit pas médiatisé. Bénéficiant de tous les moyens matériels, humains et artistiques, le réalisateur a reconstruit en grandeur nature La Mecque dans la ville de Ouarzazate, qui sera plus tard le terrain privilégié des grandes productions américaines. Mais après quelques mois de tournage, l’Arabie saoudite a protesté officiellement auprès du roi Hassan II, indiquant qu’il ne pouvait exister une autre Kaâba que celle de La Mecque. Le réalisateur a dû, sur la demande “diplomatique” du roi chérifien, changer de lieu de tournage en se dirigeant vers la Libye où Kadhafi l’a accueilli à bras ouverts en décidant de financer toute la production, ne comprenant pas l’entêtement des Saoudiens à stopper la seule fresque cinématographique sur l’islam. Le documentaire de Mohamed Belhadj, soigneusement monté grâce à une importante banque d’images, de déclarations de Mustapha Akkad et de ses proches comme ses frères et son fils, est truffé d’anecdotes sur le tournage du film Errissala mais aussi sur le film le Lion du désert sur la vie d’Omar El Mokhtar. Dans le making-off du film, Akkad cite Anthony Quin qui a tenté, en sa qualité de star américaine, d’apporter des changements dans le scénario, et Akkad lui a répondu : “Ce scénario n’est pas modifiable, si ça ne te plaît pas, tu peux partir !” Akkad avait cette force de s’exprimer en tant que réalisateur mais surtout en tant que producteur. Il était dictateur sur le plateau, mais très perfectionniste dans son travail de réalisateur, avouait Mouna Wassef, l’actrice syrienne qui lui doit le rôle de sa vie, celui de Hind Bint Otba qui l’a propulsa au rang de star du cinéma arabe.
Le documentaire évoque également la sortie du film dans plus de 3 000 salles aux États-Unis et surtout les manifestations des Black Muslims de Halidja Muhammed, qui dénonçaient la présentation d’un film sur le Prophète Mohammed (QSSSL), avant même de l’avoir vu. Ces manifestations, redoutées par le FBI à l’époque, avaient contribué au succès indirectement du film aux États-Unis mais aussi en Europe et en Asie. Alors que les pays arabes avaient dans leur ensemble accueilli favorablement le film, sauf l’Arabie saoudite, qui ne dispose d’aucune salle de cinéma sur son territoire. Mais Mustapha Akkad était conscient que son film allait essuyer quelques critiques, notamment celle de l’impossibilité d’apparence du Prophète et de ses quatre compagnons. Le réalisateur algérien Mohamed Lakhdar Hamina avait déclaré un jour à propos de l’œuvre d’Akkad qu’il était impossible de faire un film dont le héros principal était invisible. Mais Akkad a trouvé la parade en donnant la part belle à Hamza, magnifiquement interprété par Abdallah Ghaït, qui n’a plus joué ensuite beaucoup, parce que le rôle de Hamza lui a trop collé à la peau et aucun réalisateur égyptien ne voulait prendre le risque de le lui enlever. Après l’assassinat de Hamza, le réalisateur a focalisé son film sur Khaled Ibn Walid, qui était également bien interprété par Mahmoud Saïd, une autre star syrienne à l’époque.
Autre anecdote révélée par le documentaire, la musique de Maurice Jarre qui a majestueusement habillé cette fresque cinématographique était inspirée de l’adhan.
Le documentaire réalisé par Mohamed Belhadj a le mérite de rendre hommage à un réalisateur qui a contribué indirectement à la sahwa et du réveil des musulmans non pratiquants dans le monde. Le frère de Mustapha Akkad révèle d’ailleurs dans le documentaire un chiffre : 30 000 Américains se sont convertis à l’islam après avoir vu le film, et la rumeur était telle qu’on disait que même Anthony Quin avait embrassé l’islam après avoir joué dans le film d’Akkad, ce que le comédien américain n’a jamais démenti, même s’il est resté chrétien. Mustapha Akkad était un grand visionnaire et le fait de réaliser une fresque sur Saladin allait améliorer l’image de l’islam et des Arabes, dans une croisade en Irak qui ne dit pas son nom. Alors la question demeure en suspens : Qui est derrière le meurtre du réalisateur d’Errissala, les Américains qui ne souhaitent pas une nouvelle force médiatique qui détruira leurs desseins territoriaux du GMO ou le Mossad, très actif en Jordanie, qui redoute le retour en force d’un visionnaire qui a effacé les Dix Commandements de Moïse ? Pour le moment, l’enquête sur l’assassinat de Mustapha Akkad a attribué le crime à un groupe d’Al-Qaïda proche du terroriste jordanien Zerkaoui.

AMIN REDA, Librté (Alg) 10/01/2008

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