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Les protestants et les catholiques néerlandais partent en mission

mosquée amsterdamDes églises et des temples qui se vident, des mosquées qui sortent de terre, des garages et des écoles où les « nouvelles croyances » s’expriment avec enthousiasme : dans toutes les villes néerlandaises, le paysage religieux est semblable. Et cette évolution inquiète les Eglises chrétiennes traditionnelles, qui passent à la contre-offensive. « Protestants et catholiques, nous devons tous redevenir des missionnaires », a expliqué Gérard de Korte, évêque auxiliaire d’Utrecht, à la veille de Noël.

 

En lançant une campagne en vue de recruter de nouveaux fidèles, ces Eglises espèrent enrayer la désertion des lieux de culte. Et réagir contre la progression de l’islam, qui pourrait devenir la religion la plus populaire dans certaines grandes villes d’ici à 2020. Des démographes avancent même des prévisions – contestées – qui affirment qu’elle pourrait, dans le même délai, devenir la plus populaire du pays.

« L’islam lance aux chrétiens le défi de nous exprimer d’une seule voix dans le débat public », explique le Conseil néerlandais des missions. Officiellement, la religion musulmane n’est ni « l’ennemie » ni « la concurrente ». Mais plutôt un modèle à imiter, parce qu’elle a su canaliser un besoin de spiritualité. « Il existe, chez beaucoup de chrétiens, une vague angoisse que les musulmans supplantent leurs églises », a expliqué Wout van der Laar, porte-parole du Conseil, au quotidien De Volkskrant.

SUCCÈS DES ÉVANGÉLISTES

Les responsables des Eglises chrétiennes disent vouloir réaffirmer leur identité, jouer un rôle renouvelé dans la vie quotidienne et s’adresser aux non-croyants. L’Eglise catholique entend mieux utiliser les médias audiovisuels, les calvinistes veulent éveiller la curiosité par le biais, par exemple, de « cafés spirituels ».

Catholiques et calvinistes affirment également vouloir s’inspirer du succès des prêcheurs évangélistes, qui ont su capter l’attention des 800 000 immigrés de confession chrétienne. Ils admettent désormais les expressions enthousiastes de la foi, la « relation personnelle » avec Dieu ou les guérisons présumées miraculeuses. Mieux : retenant surtout le rôle d’« éveil » joué par ces Eglises, ils leur présentent leurs excuses officielles pour le « dédain » avec lequel ils les ont traitées.

L’idée selon laquelle cette campagne ne serait que la traduction d’une aspiration des Néerlandais à « plus de religiosité » suscite un certain scepticisme. Une enquête officielle intitulée « Dieu aux Pays-Bas », publiée en 2007, a confirmé la tendance à la sécularisation. Elle a aussi montré que la fréquentation des mosquées – comme le nombre d’enfants – était en baisse parmi les communautés musulmanes les plus importantes, les Marocains et les Turcs.

Pour certains observateurs, la campagne manifeste surtout le malaise croissant de la société face à toutes les manifestations de l’islam. Les milieux athées et agnostiques expriment eux aussi une inquiétude. « Ils étaient jusqu’à récemment certains de porter les valeurs d’une incontournable modernité et se sentent désormais menacés », écrivait l’éditorialiste du Volkskrant le 24 décembre. Mais « les Pays-Bas sécularisés doivent accepter que certains citoyens aient des idées très éloignées du courant libéral dominant », poursuivait-il.

Ce point de vue n’est plus unanimement partagé dans un pays qui, depuis 2001, développe des crispations qui se sont notamment traduites par un bouleversement de la représentation politique.

 Jean-Pierre Stroobants, Le Monde, 01/01/2008

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