mardi , 19 juin 2018
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Iran: Shirin Ebadi critique durement le nouveau code pénal

Shirin_Ebadi_2_1.jpgTEHERAN (AFP) –L’avocate iranienne et prix Nobel de la paix Shirin Ebadi a durement critiqué mercredi le nouveau code pénal iranien qui ignore selon elle les droits des femmes et se fonde sur une interprétation « incorrecte » de l’islam.

Le Parlement a adopté en septembre les grandes lignes du nouveau code, soumis par le pouvoir judiciaire, qui est une version modifiée de la loi islamique appliquée en Iran depuis 1982.

« Vingt-cinq ans plus tard, nous répétons les mêmes erreurs », a dit Mme Ebadi lors d’une conférence de presse.

« Les lois pénales adoptées après la révolution (de 1979, ndlr) ont malheureusement retiré sa part d’humanité à la femme et en ont fait un être de deuxième classe incapable et mentalement dérangé », a-t-elle dit.

L’avocate, qui avait été la première femme à obtenir un poste de juge après la révolution, a déploré par exemple le fait que le témoignage d’une femme devant un tribunal ne vaille que la moitié de celui d’un homme.

« Pourquoi le tribunal n’accepte-t-il pas mon témoignage? Est-ce parce que les hommes ont quatre yeux et les femmes seulement deux? », a-t-elle demandé.

Elle a qualifié de telles règles d' »interprétations incorrectes de l’islam découlant d’une culture patriarcale ».

Le nouveau code pénal, dont les détails restent à débattre au Parlement, est critiqué pour son application élargie des peines de fouet et d’exécution capitale.

Plusieurs critiques se sont élevés aussi contre le fait que le code confirme la disparité de l’âge de responsabilité pénale, qui est de 15 ans pour un garçon contre neuf ans pour une fille.

Le pouvoir judiciaire a défendu son projet de code pénal, affirmant qu’il était fondé sur « la correction du délinquant, les principes humanitaires, la préservation des droits du citoyen et l’application d’une juste punition ».

Des experts en droit ont reconnu certains points positifs au projet, comme la possibilité de suspendre ou de commuer des peines et la liberté sous condition pour certaines infractions, comme les délits financiers.

Mais ils ont remarqué que le projet restait inflexible pour les crimes punis par la charia, la loi islamique. Le vol, l’absorption d’alcool, l’adultère et l’apostasie sont punissables respectivement par l’amputation, le fouet, la lapidation et l’exécution.

Le projet recommande que certaines peines dures ne soient pas appliquées si elles sont jugées susceptibles d' »affaiblir l’islam ».

« Si une chose ne peut pas être appliquée pourquoi en fait-on alors une loi », a demandé lors de la conférence de presse l’expert en droit et professeur d’université Reza Nour-Bahar.

De nombreux juristes estiment que des peines conçues il y a quatorze siècles ne sont pas applicables à l’époque moderne, et remarquent que la mise en oeuvre de peines dures n’a pas réduit la fréquence des crimes.

« Il n’existe pas de raison religieuse explicite pour appliquer la charia des premiers musulmans à tous les musulmans », a dit lors de la conférence de presse Sedigheh Vasmaghi, professeur de droit et jurisprudence islamique à l’Université de Téhéran.

Certaines de ces lois « ne garantissent pas aujourd’hui l’ordre et la justice car notre situation diffère » de celle des premiers musulmans, a-t-elle ajouté.

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